Arriver à l’âge de la retraite quand on perçoit l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) soulève souvent plus de questions que de certitudes. Perte de revenus, bascule automatique vers la pension, cumul possible ou non avec l’ASPA, impact de la réforme des retraites et de la déconjugalisation : le moindre changement peut modifier sensiblement ce que vous touchez chaque mois. Comprendre précisément ce qui se passe pour l’AAH à 62, 64 ou 65 ans permet d’éviter une rupture de droits et de sécuriser votre niveau de vie, ou celui de votre proche handicapé. Les règles sont techniques, mais, bien maîtrisées, elles deviennent un véritable levier pour organiser votre fin de carrière, anticiper les démarches et arbitrer entre AAH, retraite et minimum vieillesse.

Conditions de maintien de l’AAH à l’âge de la retraite : âge légal, taux d’incapacité et résidence

Âge légal de départ à la retraite et impact du relèvement progressif (62 à 64 ans)

L’AAH n’est pas une pension de vieillesse, mais une allocation de solidarité liée au handicap. Pourtant, l’âge légal de départ à la retraite joue un rôle central dans le maintien ou non de vos droits. Pour les générations nées avant 1968, l’âge d’ouverture des droits à la retraite se situait encore à 62 ans, tandis que la réforme entrée en vigueur en 2023 relève progressivement cet âge jusqu’à 64 ans pour les personnes nées à partir de 1968. Concrètement, à partir de cet âge, votre caisse de retraite (CNAV, MSA, CNRACL, etc.) peut vous attribuer une pension, et la CAF réexamine automatiquement vos droits à l’AAH.

Une donnée essentielle reste pourtant stable : le principe de la retraite à taux plein pour inaptitude dès l’âge légal pour les bénéficiaires de l’AAH. Cela signifie que votre pension de base est calculée sans décote, même en cas de trimestres manquants, ce qui protège partiellement votre niveau de retraite. Cependant, la pension reste proportionnelle aux trimestres effectivement cotisés ou assimilés. L’AAH peut alors prendre le relais sous forme de complément différentiel si la pension reste inférieure au montant maximal de l’allocation (1 033,32 € en 2025).

Différence entre AAH « à titre définitif » et AAH attribuée pour une durée limitée

Deux types de décisions coexistent : une AAH attribuée pour une durée limitée (1 à 2 ans, parfois jusqu’à 5 ans) et une AAH dite « à titre définitif » ou « sans limitation de durée ». Dans la pratique, une AAH supposée définitive peut quand même faire l’objet d’une réévaluation si un changement majeur survient (reprise d’emploi, évolution du handicap, retraite). La différence principale tient donc à la fréquence des renouvellements auprès de la MDPH, pas à la garantie absolue de conserver l’allocation.

Vous pouvez recevoir une AAH à vie lorsque la CDAPH considère que votre handicap ne pourra pas évoluer favorablement. Cela ne bloque pas l’articulation AAH–retraite : à l’âge légal, la CAF continue de vérifier chaque année vos ressources, notamment les pensions. À l’inverse, une AAH temporaire impose d’anticiper le renouvellement de droits bien avant l’échéance, sous peine de voir l’allocation s’arrêter en même temps que la bascule vers la retraite, ce qui cumule deux risques de rupture de revenus au même moment.

Taux d’incapacité (entre 50 % et 79 %, au moins 80 %) et conséquences sur la durée des droits

Le taux d’incapacité reconnu par la CDAPH conditionne à la fois l’accès à l’AAH et son maintien après l’âge de la retraite. Deux seuils structurent tout le dispositif :

  • Entre 50 % et 79 % avec restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi : AAH possible, mais pas au-delà de l’âge légal de départ à la retraite.
  • Au moins 80 % : AAH possible à tout âge, y compris après 62 ou 64 ans, sous forme de complément de pension.

Autrement dit, avec un taux d’incapacité entre 50 et 79 %, l’AAH prend fin automatiquement à l’âge légal. La retraite, ou l’ASPA si vous n’avez pas cotisé, prend alors le relais. À partir de 80 %, l’AAH peut être versée de manière résiduelle tant que vos pensions (base + complémentaire) restent inférieures au plafond. Cette distinction explique pourquoi une révision à la hausse du taux d’incapacité juste avant la retraite peut changer radicalement votre trajectoire financière.

Conditions de résidence stable en france métropolitaine et DOM (guadeloupe, martinique, réunion, guyane, mayotte)

Pour conserver l’AAH à la retraite, les conditions de résidence stable restent les mêmes qu’avant la liquidation de la pension. Vous devez résider de façon permanente en France métropolitaine ou dans un département ou collectivité d’outre-mer : Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte, Saint-Martin, Saint-Barthélemy ou Saint-Pierre-et-Miquelon. Les séjours à l’étranger de plus de trois mois consécutifs peuvent entraîner la suspension de l’allocation, sauf cas particuliers (soins, scolarisation, etc.).

Pour les ressortissants de l’Union européenne, la règle des 3 mois de résidence continue de s’appliquer, sauf en cas d’activité professionnelle. Pour les ressortissants de pays tiers, un titre de séjour en cours de validité reste indispensable. À l’âge de la retraite, ces critères ne disparaissent pas : l’AAH reste une allocation française de résidence, et non une pension exportable. En cas de projet de départ à l’étranger après la retraite, une étude approfondie de vos droits AAH est indispensable pour éviter une interruption définitive des versements.

Basculer de l’AAH vers la pension de retraite : articulation avec la CNAV, la MSA et la CNRACL

Transformation automatique de l’AAH en complément de pension à l’âge légal de la retraite

Pour un grand nombre de bénéficiaires, l’un des points les plus rassurants tient au fait que la transition AAH–retraite est en grande partie automatisée. La CAF identifie l’approche de votre anniversaire (62, 63 ou 64 ans selon votre génération) et déclenche une étude de droits avec la caisse de retraite de base compétente. L’AAH n’est pas véritablement « transformée » en pension, mais devient un complément éventuel si vos pensions restent inférieures au plafond de 1 033,32 € par mois.

Avant 2017, cette articulation obligeait à basculer vers l’ASPA, avec des démarches lourdes et un risque de mois non payés. Depuis la loi de finances pour 2017, puis l’article 254 de la loi de finances pour 2024, le principe a évolué en faveur d’une continuité de versement. L’AAH se cale désormais derrière la retraite, ce qui réduit significativement l’« insécurité » évoquée par de nombreux allocataires lors de la phase de transition.

Démarches auprès de la CNAV, de la MSA et des caisses de retraite des fonctionnaires (CNRACL, SRE)

Même si l’articulation est mieux organisée, la demande de retraite n’est jamais déposée par la CAF à votre place. Vous devez impérativement saisir la CNAV (régime général), la MSA (salariés et non-salariés agricoles) ou, pour les fonctionnaires, la CNRACL ou le SRE. L’idéal consiste à déposer votre demande de liquidation 6 mois avant l’âge légal de départ afin que le premier paiement de pension intervienne sans délai, et que l’AAH s’ajuste immédiatement derrière.

Pour cela, un dossier en ligne sur le portail commun des retraites suffit dans de nombreux cas. Il inclut vos périodes de travail, de maladie, d’invalidité et vos éventuelles périodes en ESAT. En pratique, plus le relevé de carrière est vérifié à l’avance, moins vous risquez de blocages au moment où la CAF attend le montant de pension pour calculer votre AAH différentielle. Certaines caisses demandent des justificatifs supplémentaires (titres de séjour, attestations de la MDPH, décisions d’invalidité) qui peuvent prolonger les délais si vous n’êtes pas prêt.

Coordination avec la retraite de base et les régimes complémentaires (Agirc-Arrco, ircantec, etc.)

La plupart des bénéficiaires de l’AAH cumulent des droits dans plusieurs régimes : retraite de base (CNAV, MSA, CNRACL) et régimes complémentaires comme Agirc-Arrco pour les salariés du privé ou Ircantec pour certains contractuels publics. Pour le calcul de votre AAH à la retraite, toutes ces pensions sont additionnées : ce total de pensions vieillesse vient en déduction du montant maximal de l’AAH.

Concrètement, si votre pension de base s’élève à 600 € et votre complémentaire à 250 €, soit 850 € au total, l’AAH résiduelle sera de 183,32 € (1 033,32 € – 850 €). Ce mécanisme unifié a l’avantage de simplifier la lisibilité de vos revenus globaux, mais impose de bien anticiper la date de versement des retraites complémentaires, souvent décalée de quelques semaines par rapport à la retraite de base. Un décalage peut entraîner un « trou » de trésorerie si la CAF suspend l’AAH avant de recevoir les informations complètes.

Cas pratiques : allocataires n’ayant jamais travaillé vs carrières incomplètes (trimestres manquants)

Deux profils se retrouvent fréquemment parmi les bénéficiaires de l’AAH à l’âge de la retraite :

  • Les personnes n’ayant jamais ou très peu travaillé, avec un nombre de trimestres quasi nul.
  • Les carrières incomplètes, émaillées d’arrêts maladie, de chômage ou de temps partiels.

Dans le premier cas, la pension de retraite de base peut être inexistante ou symbolique. La règle prévoit alors un basculement vers l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées) si l’AAH ne peut plus être versée, notamment lorsque le taux d’incapacité reste inférieur à 80 %. Dans le second cas, la retraite est calculée à taux plein mais sur un nombre de trimestres réduit, ce qui aboutit à des pensions souvent inférieures à 700 € par mois. L’AAH intervient alors en complément, sous réserve du maintien du taux d’incapacité et du respect des plafonds de ressources.

Calcul du montant de l’AAH à la retraite : plafonds de ressources et cumul avec pension

Plafond de ressources AAH après 62/64 ans et prise en compte des pensions de retraite

Le principe de base ne change pas après la retraite : l’AAH reste une allocation différentielle, calculée en fonction de vos ressources. Le plafond annuel de ressources pour une personne seule sans enfant reste fixé à 12 400 € en 2025, avec des majorations en fonction du nombre d’enfants. À la retraite, la principale ressource prise en compte devient la pension vieillesse, qu’elle provienne du régime général, agricole ou de la fonction publique.

Le montant maximal mensuel de l’AAH (1 033,32 € en 2025) est comparé à la somme de vos pensions brutes imposables. Si ces pensions dépassent le plafond, l’AAH est supprimée. Si elles sont inférieures, une AAH résiduelle est versée pour garantir un revenu global égal au montant maximal. Il s’agit d’un véritable complément de pension, recalculé en cas de variation des ressources, par exemple si votre retraite augmente ou si vous percevez une nouvelle pension de réversion.

Calcul du différentiel entre AAH et retraite personnelle ou de réversion

Le calcul du différentiel AAH–retraite peut se résumer par une formule simple :

Montant de l’AAH différentielle = Montant AAH maximal – Total des pensions de retraite (personnelle + réversion)

Par exemple, si vous touchez 500 € de retraite personnelle et 300 € de pension de réversion, soit 800 € au total, votre AAH sera de 233,32 €. Si, par la suite, la pension de réversion est révisée à la hausse (par exemple après la régularisation des droits de votre conjoint décédé), la CAF recalculera l’AAH et pourra réduire, voire supprimer, l’allocation si le total de pensions dépasse 1 033,32 €.

Ce mécanisme peut sembler abstrait, mais il fonctionne comme un « plancher de revenus » : la somme de vos pensions et de l’AAH ne descend pas en dessous du montant de référence, tant que vous remplissez les critères de handicap. Pour les proches aidants, visualiser ce plancher aide à anticiper l’impact d’un décès, d’un divorce ou d’une nouvelle retraite de réversion sur le budget du foyer.

Impact des autres revenus (revenus mobiliers, fonciers, rentes viagères) sur l’AAH

Au-delà des pensions de retraite, d’autres ressources influencent le montant de votre AAH après 62 ou 64 ans. Les revenus fonciers (loyers d’un appartement loué, terres agricoles, etc.) sont pris en compte intégralement. Les revenus d’activités professionnelles, encore possibles au-delà de l’âge légal pour certains bénéficiaires à taux d’incapacité élevé, restent pris en compte de manière partielle selon des abattements spécifiques. Les rentes viagères à titre gratuit et certaines pensions alimentaires entrent aussi dans le calcul de ressources.

À l’inverse, des prestations comme la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) ou l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) ne sont pas considérées comme des ressources. En pratique, l’AAH fonctionne comme un écosystème : chaque revenu de retraite, de patrimoine ou de solidarité vient ajuster la part d’allocation versée. Un suivi régulier de votre avis d’imposition et des lignes de type revenu net catégoriel permet d’éviter les mauvaises surprises lors de la révision annuelle des droits.

Simulation de droits avec le simulateur mesdroitssociaux.gouv.fr et FranceConnect

Pour anticiper le montant de votre AAH après la retraite, l’usage d’un simulateur reste l’un des moyens les plus efficaces. Le portail officiel mesdroitssociaux.gouv.fr, accessible via FranceConnect, agrège vos données fiscales, sociales et vos droits retraite pour donner une estimation globale de vos futures ressources. Même si la simulation ne remplace pas une décision de la CAF, elle fournit un ordre de grandeur précieux pour planifier votre budget.

Une approche utile consiste à tester plusieurs scénarios : retraite à l’âge légal, retraite différée de quelques trimestres, changement de situation familiale, perception ou non d’une pension de réversion. Ce travail de projection permet de mesurer l’impact de chaque décision sur l’AAH : maintien, diminution progressive ou extinction pure et simple. L’outil joue alors le rôle d’un « tableau de bord » social, comparable à un simulateur de prêt immobilier qui montre, mois par mois, l’effet d’une variation de taux sur votre mensualité.

Réforme de la déconjugalisation de l’AAH et effets sur la retraite du conjoint

AAH déconjugalisée depuis 2023 : fin de la prise en compte des revenus du conjoint

La réforme de la déconjugalisation de l’AAH, entrée en vigueur au 1er octobre 2023, a marqué un tournant majeur. Le montant de l’allocation n’est plus systématiquement calculé en fonction des ressources du conjoint, du partenaire de PACS ou du concubin. Pour beaucoup de couples, cela a entraîné une hausse significative de l’AAH ou la réouverture de droits précédemment fermés en raison d’un revenu conjugal jugé trop élevé.

Cette évolution reste valable à l’âge de la retraite : le fait que votre conjoint liquide sa pension, même confortable, n’entraîne plus automatiquement la baisse de votre AAH. La CAF compare désormais deux modes de calcul, conjugal et déconjugal, pour retenir celui qui vous est le plus favorable. Une fois la déconjugalisation activée, le retour en arrière vers un calcul conjugal n’est plus possible, ce qui crée un cadre stable pour la projection de vos droits à long terme.

Interaction entre AAH déconjugalisée et pension de retraite élevée du conjoint ou partenaire PACS

La question se pose souvent : que se passe-t-il si vous percevez l’AAH et que votre conjoint prend une retraite élevée ? Avec la déconjugalisation, votre allocation reste centrée sur vos ressources personnelles. Seules vos pensions de retraite (base, complémentaire, réversion) et vos autres revenus patrimoniaux sont pris en compte. Un conjoint disposant de 2 000 € ou 3 000 € de pension mensuelle n’entraîne plus la suppression mécanique de votre AAH.

Sur le plan concret, cette évolution protège particulièrement les couples dans lesquels une seule personne est en situation de handicap lourd (taux ≥ 80 %) et l’autre dispose d’un bon niveau de retraite. L’AAH devient une reconnaissance financière propre, indépendante de la trajectoire professionnelle du conjoint. C’est un changement de philosophie important : l’allocation n’est plus vécue comme un « supplément conjugal » mais comme un droit individuel, ce qui a un impact psychologique souvent sous-estimé.

Conséquences sur le calcul des droits lors du passage à la retraite (cas des couples retraités)

Lorsque les deux membres du couple sont retraités, la question des droits croisés devient plus complexe. Votre AAH est calculée sur la base de vos pensions personnelles, tandis que votre conjoint bénéficie de sa propre retraite, éventuellement complétée par l’ASPA ou d’autres minima sociaux. Grâce à la déconjugalisation, la hausse de pension d’un conjoint ne réduit plus l’AAH de l’autre, mais elle peut influencer l’accès du couple à certains dispositifs (APL, aides locales, exonérations fiscales) qui, eux, tiennent compte des revenus du foyer.

D’un point de vue stratégique, il peut être pertinent d’anticiper la date de liquidation de la retraite du conjoint afin de mesurer l’impact global sur les revenus du ménage. Par exemple, si la retraite du conjoint déclenche l’éligibilité à une pension de réversion pour vous-même, l’AAH pourra baisser, mais le couple y gagnera peut-être en revenu total. Cette approche globale demande une vision fine des interactions entre prestations, plus encore lorsque les deux conjoints ont des parcours professionnels très différents.

Exemples chiffrés : maintien, diminution ou extinction de l’AAH après liquidation de la retraite

Pour illustrer les effets concrets, le tableau ci-dessous présente trois situations fréquentes à l’âge de la retraite pour un bénéficiaire AAH à taux d’incapacité ≥ 80 % :

Situation Pensions mensuelles (base + complémentaire) AAH versée Revenu total mensuel
Retraite très faible 300 € 733,32 € 1 033,32 €
Retraite moyenne 750 € 283,32 € 1 033,32 €
Retraite élevée 1 100 € 0 € 1 100 €

Ces exemples montrent que l’AAH se comporte comme un « amortisseur » tant que votre niveau de pension reste inférieur au plafond. Une fois ce plafond dépassé, l’allocation disparaît, mais sans perte de revenu, puisque vos pensions couvrent déjà le seuil de 1 033,32 €. Un point d’attention s’impose toutefois : certains bénéficiaires, habitués à percevoir l’AAH avant la retraite, vivent cette extinction comme une perte, même si le revenu global reste stable ou augmente légèrement.

AAH, ASPA et minimum vieillesse : arbitrages à l’âge de la retraite

Comparaison entre AAH, ASPA et minimum contributif en termes de montant et de conditions

À l’âge de la retraite, l’AAH n’est plus le seul outil de sécurisation des revenus. L’ASPA, héritière du « minimum vieillesse », et le minimum contributif jouent aussi un rôle clé. Pour une personne seule, l’ASPA atteint autour de 961 € par mois en 2026, tandis que l’AAH se situe à 1 033,32 € (montant susceptible d’être revalorisé entre 1 042,60 € et 1 054 €). Le minimum contributif, lui, complète uniquement la retraite de base pour les personnes ayant cotisé suffisamment de trimestres, sans tenir compte des retraites complémentaires.

L’AAH se distingue par son absence de récupération sur succession et par son lien direct avec le handicap. L’ASPA, elle, peut être récupérée après le décès lorsque l’actif net de la succession dépasse 39 000 € (seuil pouvant être ajusté par la loi). Le choix entre ces dispositifs ne se limite donc pas au montant mensuel immédiat : il engage aussi le patrimoine familial et les droits des héritiers sur le long terme.

Transition automatique ou sur demande de l’AAH vers l’ASPA à partir de 65 ans

Dans de nombreux cas, particulièrement lorsque le taux d’incapacité reste inférieur à 80 %, l’AAH n’est plus versée après l’âge légal de la retraite, et l’ASPA prend le relais à partir de 65 ans (ou de l’âge d’obtention automatique de la retraite à taux plein). La transition vers l’ASPA n’est généralement pas automatique : une demande formelle doit être déposée auprès de la caisse de retraite ou, à défaut de droits contributifs, auprès de la Caisse des Dépôts.

Pour un bénéficiaire de l’AAH avec droits faibles à la retraite, demander l’ASPA peut combler une partie de l’écart entre la pension contributive et le montant cible proche du minimum vieillesse. Cependant, cette bascule entraîne l’application des règles de récupération sur succession, qui doivent être intégrées dans tout arbitrage patrimonial. La décision engage donc non seulement votre niveau de vie, mais aussi ce qui sera transmis à vos proches.

Récupération sur succession de l’ASPA et absence de récupération de l’AAH

L’une des différences les plus marquantes entre AAH et ASPA tient à la question de la récupération sur succession. Les montants d’AAH versés ne sont jamais récupérés auprès des héritiers, quel que soit le niveau du patrimoine laissé. À l’inverse, l’ASPA peut faire l’objet d’une récupération partielle lorsque l’actif net successoral dépasse un seuil (39 000 € environ, seuil relevé dans certains DOM).

Pour vous, allocataire ou aidant familial, cette distinction ressemble à la différence entre une aide « à fonds perdu » et une avance partiellement remboursable après décès. Lorsque le patrimoine immobilier est significatif (maison de famille, terrain), opter pour un maintien maximal de l’AAH plutôt que pour l’ASPA peut préserver davantage d’actifs pour les héritiers, quitte à accepter un niveau de revenu mensuel légèrement inférieur pendant la retraite.

Stratégies d’optimisation : choisir entre maintien de l’AAH résiduelle et demande d’ASPA

Plusieurs stratégies d’optimisation existent autour de 65 ans :

  • Conserver une AAH résiduelle tant que le taux d’incapacité ≥ 80 % permet un complément de pension, afin d’éviter la récupération sur succession.
  • Demander l’ASPA si la retraite contributive est quasi nulle et que la priorité absolue reste le niveau de vie courant, même au prix d’une réduction future du patrimoine transmis.
  • Mixer AAH, retraite et aides au logement (APL, ALS) pour maximiser les ressources mensuelles sans forcément recourir à l’ASPA immédiatement.

Comme pour un arbitrage entre plusieurs produits d’épargne, l’approche la plus pertinente consiste à projeter vos revenus sur 5, 10 ou 15 ans, tout en tenant compte de l’état de santé, du niveau d’autonomie et des besoins d’hébergement futur (domicile, résidence autonomie, EHPAD). Un accompagnement par un travailleur social ou une structure spécialisée dans le handicap peut aider à transformer ces options théoriques en choix concrets.

Procédures administratives auprès de la MDPH et de la CAF lors du passage à la retraite

Renouvellement des droits AAH auprès de la MDPH avant l’âge légal de départ

Un écueil fréquent tient au renouvellement tardif des droits AAH lorsque l’échéance coïncide avec l’âge de la retraite. Si votre droit prend fin à 61 ou 62 ans, déposer une demande de renouvellement à la MDPH seulement quelques semaines avant l’échéance expose à un risque sérieux de rupture. Les délais d’instruction peuvent atteindre 4 mois entre le dépôt du dossier et la décision de la CDAPH.

L’idéal est de déposer le formulaire MDPH (dossier unique de demande de prestations) au moins 6 mois avant la fin des droits, en joignant un certificat médical récent et tout justificatif d’aggravation du handicap. Cela permet à la MDPH d’anticiper et à la CAF d’enchaîner sans interruption l’ancienne et la nouvelle période de droits, y compris si elle recouvre la date de liquidation de la retraite. Une bonne préparation évite ainsi de se retrouver sans AAH au moment où les pensions de retraite ne sont pas encore versées.

Rôle de la CDAPH dans la fixation de la durée des droits AAH au-delà de 60 ans

La Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) joue un rôle majeur dans la fixation de la durée des droits AAH après 60 ans. En fonction de votre situation médicale et de vos perspectives d’évolution, la CDAPH peut accorder :

  1. Une AAH de courte durée (1 à 2 ans) en cas de situation jugée instable.
  2. Un droit de 5 à 10 ans lorsque l’évolution du handicap est lente.
  3. Une AAH sans limitation de durée si aucune amélioration n’est envisageable.

Au-delà du symbole, la durée de droit décidée conditionne votre sérénité à l’approche de la retraite. Un droit long couvrant la période 60–70 ans évite des renouvellements incessants et permet de se concentrer sur la mise en place des retraites de base et complémentaires. À l’inverse, des droits très courts exigent une vigilance administrative constante, qui peut peser lourd lorsque s’ajoutent les démarches de demande de retraite.

Notification CAF, délais de traitement et risque de rupture de droits à la retraite

La CAF adresse généralement un courrier d’information quelques mois avant vos 62 ou 64 ans pour signaler la fin possible de l’AAH et rappeler la nécessité de déposer une demande de retraite. Ce courrier est crucial : il marque le point de départ d’une période où une inattention peut provoquer un arrêt des paiements. Sans preuve de démarche auprès des caisses de retraite, la CAF peut suspendre votre allocation le mois de votre anniversaire, le temps de vérifier que vous avez bien actionné vos droits à la pension.

Pour limiter ce risque, conserver une copie de toutes vos demandes de retraite (accusé de réception en ligne, courrier recommandé, échanges avec les caisses) permet, en cas de blocage, de démontrer votre bonne foi et de solliciter un réexamen rapide. Sur le plan statistique, les retards de paiement de retraite ne sont pas marginaux, surtout lorsque plusieurs régimes sont impliqués. Anticiper ces délais revient à construire un « coussin de sécurité » administratif autour de l’AAH.

Recours gracieux, médiateur de la CAF et contentieux devant le pôle social du tribunal judiciaire

En cas de suppression ou de réduction jugée injustifiée de l’AAH lors de votre passage à la retraite, plusieurs voies de recours existent. Le premier niveau consiste en un recours gracieux auprès de la CAF, dans un délai de deux mois à compter de la notification. Ce recours peut permettre de corriger une erreur de calcul (prise en compte de revenus inexistants, mauvaise interprétation de votre situation familiale ou de votre taux d’incapacité).

Si la réponse ne vous satisfait pas, le médiateur de la CAF peut être saisi. Son rôle est de rechercher une solution amiable, notamment lorsque la situation est complexe ou lorsqu’une rupture de droits a eu des conséquences financières lourdes. En dernier ressort, un recours contentieux est possible devant le pôle social du tribunal judiciaire compétent. Cette voie, plus longue, nécessite souvent l’accompagnement d’un avocat, d’une association de personnes handicapées ou d’un service social, mais elle permet de faire valoir pleinement vos droits, en particulier lorsque la question porte sur l’articulation entre AAH, retraite et ASPA à long terme.