
Sentir une jambe qui lâche en marchant, un genou qui flanche ou un pied qui ne suit plus est une expérience déroutante et parfois angoissante. Certains parlent de genou qui “se dérobe”, d’autres de jambe “molle” ou de sensation que la jambe ne porte plus le poids du corps. Ce symptôme peut traduire une simple fatigue musculaire, mais aussi signaler une atteinte neurologique, musculaire, articulaire ou un trouble de l’équilibre plus sérieux. Comprendre ce qui se joue dans votre corps lorsqu’une jambe cède sous vous permet d’agir vite, de limiter le risque de chute et d’orienter le bilan médical vers les bonnes causes, du nerf jusqu’à l’articulation en passant par le muscle et la circulation.
Jambe qui lâche en marchant : définition clinique, symptômes associés et situations typiques
Sur le plan clinique, une “jambe qui lâche” correspond à une perte transitoire de soutien d’un membre inférieur pendant la marche ou la station debout. Le patient décrit souvent une impression de genou qui fléchit brusquement, de pied qui accroche le sol ou de membre qui ne répond plus brièvement à la commande. Contrairement à une chute simple par faux pas, la personne a souvent le sentiment que la jambe l’a “trahi” sans obstacle extérieur évident. Ce phénomène peut être isolé ou associé à une douleur, à des fourmillements, à une faiblesse musculaire franche ou à des vertiges.
Plusieurs scénarios typiques reviennent fréquemment lors de la consultation : genou qui se dérobe en descendant les escaliers, jambe qui flanche après une longue position assise, pied qui racle le sol lors de la marche rapide, ou sensation répétée de lâchage sur terrain irrégulier. Dans certains cas, la jambe qui lâche s’accompagne d’un déséquilibre global, d’une démarche bancale ou d’une impression de “marcher comme sur un bateau”. L’analyse précise de la situation dans laquelle survient ce lâchage (à l’effort, au démarrage, après un certain temps de marche) oriente déjà vers une origine neurologique, musculaire, articulaire ou fonctionnelle.
Une jambe qui lâche n’est pas un diagnostic, mais un symptôme complexe qui résulte d’un défaut, même transitoire, dans la chaîne allant du cerveau au muscle en passant par la moelle, les nerfs, les articulations et les capteurs de l’équilibre.
Mécanismes neurologiques d’une jambe qui lâche : atteinte centrale (AVC, SEP, myélopathies)
Paresie et spasticité après AVC ischémique de l’artère cérébrale moyenne : boiterie et jambe qui cède
Après un AVC ischémique touchant l’artère cérébrale moyenne, la faiblesse musculaire partielle d’un membre inférieur est fréquente. On parle de parésie lorsque la motricité est diminuée mais non totalement abolie. La jambe peut alors paraître lourde, difficile à lever, avec parfois une marche en fauchage (le membre décrit un arc de cercle vers l’extérieur). Une spasticité (raideur due à l’atteinte des voies motrices centrales) peut s’installer secondairement, rendant les mouvements moins fluides. Dans ce contexte, la jambe qui lâche en marchant résulte autant du manque de force que de la mauvaise coordination entre les muscles fléchisseurs et extenseurs, surtout en terrain irrégulier ou lors des changements de direction rapides.
Sclérose en plaques (SEP) rémittente-récurrente : bloc de conduction, fatigabilité musculaire et lâchage du membre inférieur
La sclérose en plaques (SEP) touche les gaines de myéline qui entourent les fibres nerveuses. Lors d’une poussée, un bras ou une jambe peuvent devenir lourds, faibles, avec des troubles de la sensibilité (fourmillements, engourdissement). La jambe qui lâche survient souvent après quelques minutes de marche, lorsque la température corporelle augmente, phénomène décrit comme phénomène d’Uhthoff. L’influx nerveux conduit moins bien, la force diminue et le membre cède plus facilement, surtout si vous marchez vite, montez une côte ou portez une charge. Entre les poussées, une fatigue chronique et des séquelles motrices peuvent persister, expliquant une instabilité de la marche sur les longues distances.
Compression médullaire lombaire et dorsale (canal lombaire étroit, tumeur médullaire) : déficit moteur intermittent
Un canal lombaire étroit ou une compression de la moelle épinière par une tumeur peuvent provoquer une claudication neurogène : au bout d’un certain temps de marche, les jambes deviennent lourdes, faibles, parfois douloureuses, obligeant à s’arrêter. La jambe qui lâche se manifeste ici par un affaissement progressif plus que par un lâchage brutal. S’asseoir ou se pencher en avant soulage, car cela augmente le diamètre fonctionnel du canal rachidien. Ce mécanisme explique pourquoi certaines personnes supportent mieux la marche avec appui (caddie, poussette) que la marche libre.
Radiculopathies L4-L5-S1 documentées à l’IRM : douleur radiculaire, steppage et instabilité en marche
Une hernie discale comprimant une racine nerveuse L4, L5 ou S1 peut entraîner une radiculopathie avec douleur irradiant dans la jambe, perte de réflexes et déficit musculaire. Lorsque la racine L5 est atteinte, le muscle jambier antérieur faiblit et un steppage apparaît : le pied ne se relève plus correctement, accroche le sol et la personne est obligée de lever exagérément le genou pour éviter de trébucher. Dans la vie quotidienne, cela se traduit par une impression de jambe qui lâche, surtout sur les obstacles bas ou les marches d’escalier. L’IRM lombaire visualise la hernie ou la sténose foraminale responsable.
Neuropathie périphérique diabétique et atteintes du nerf fibulaire commun : pied tombant et sensation de jambe qui lâche
La neuropathie périphérique du diabétique altère progressivement les fibres nerveuses motrices et sensitives. Au début, vous pouvez ressentir des picotements, une perte de sensibilité des pieds, puis une faiblesse des muscles releveurs de cheville ou des orteils. Le pied ne se positionne plus correctement à l’attaque du pas, d’où le pied tombant et la jambe qui donne l’impression de céder. Une compression isolée du nerf fibulaire commun (croiser les jambes longtemps, appuie prolongé sur le col du péroné, traumatisme) peut provoquer le même tableau, mais souvent de façon plus brutale. Dans ces situations, l’électromyogramme distingue l’atteinte diffuse du diabète d’une lésion localisée du nerf.
Causes musculaires et tendineuses : rupture, déficit de force et instabilité du membre inférieur
Rupture du tendon d’achille (sportifs de 30–50 ans) : perte de poussée, boiterie brutale et sensation de lâchage
Chez le sportif de 30 à 50 ans, la rupture du tendon d’Achille survient souvent sur un faux départ ou un changement de direction violent. Beaucoup décrivent la sensation d’un coup de pied violent derrière la cheville, suivie d’une incapacité à pousser sur l’avant-pied. La jambe ne lâche pas au sens neurologique, mais la propulsion est tellement diminuée que la marche devient immédiatement instable, avec une forte boiterie. Le test clinique (signe de Thompson) et l’échographie confirment le diagnostic. Sans réparation (chirurgicale ou fonctionnelle encadrée), un déficit de force durable du mollet peut persister, entretenant une impression de jambe faible à la marche rapide ou en montée.
Lésions du quadriceps et rupture du tendon rotulien : impossibilité d’extension active du genou
Les ruptures du tendon quadricipital ou du tendon rotulien entraînent une impossibilité d’extension active du genou. En pratique, la personne n’arrive plus à se relever d’une chaise sans aide ni à tenir la jambe tendue. Pendant la marche, le genou fléchit brutalement, ce qui est vécu comme un lâchage du membre. Ce tableau contraste avec un simple dérobement lié à une faiblesse du quadriceps, où l’extension reste possible mais peu fiable. Une IRM ou une échographie permettent de différencier une déchirure musculaire, une tendinopathie chronique et une rupture complète.
Myopathies inflammatoires (polymyosite, dermatomyosite) : faiblesse proximale, difficulté à se relever et marche instable
Les myopathies inflammatoires touchent préférentiellement les muscles proximaux (cuisses, hanches, épaules). La personne a du mal à se relever du sol, à monter les escaliers, à se hisser d’une chaise sans s’aider des bras. La jambe qui lâche apparaît surtout lors des efforts en charge, lorsque les muscles des cuisses fatiguent rapidement. Sur le plan biologique, une élévation importante des CPK et une atteinte typique à l’IRM musculaire orientent vers cette cause. À la différence d’une atteinte neurologique centrale, les réflexes peuvent rester normaux, ce qui est un élément intéressant de différenciation à l’examen neurologique.
Sarcopénie du sujet âgé : fonte musculaire, tests de lever de chaise et risque de chute en marche
La sarcopénie est la perte progressive de masse et de force musculaires liée à l’âge. Après 60 ans, environ 10 % des adultes présentent une sarcopénie débutante, et cette proportion dépasse 30 % après 80 ans selon plusieurs registres gériatriques européens. Le test de lever de chaise (se lever cinq fois sans les mains) et la mesure de la vitesse de marche révèlent souvent un déficit significatif. Dans ce contexte, la jambe qui lâche résulte d’une insuffisance musculaire globale, aggravée par les comorbidités (diabète, arthrose, dénutrition). Un déséquilibre léger ou une petite irrégularité du sol suffisent alors à provoquer un fléchissement soudain du genou ou de la hanche, avec risque de chute.
Atteintes ostéo-articulaires du genou et de la hanche : blocages, instabilité ligamentaire et lâchage
Lésions du ligament croisé antérieur (LCA) et du ligament latéral interne : giving way du genou chez le sportif
Après une entorse grave du genou avec rupture du LCA, le symptôme central est l’instabilité rotatoire. Le genou est perçu comme “fuyant” lors des pivots, changements de direction ou réceptions de sauts. Ce phénomène, appelé giving way, est une forme typique de genou qui lâche sans forcément de douleur majeure entre les épisodes. Le ligament latéral interne peut aussi être lésé, accentuant le valgus et la sensation de genou qui part “sur le côté”. Sans rééducation proprioceptive ciblée ni, parfois, chirurgie de ligamentoplastie, le risque est l’enchaînement d’épisodes d’instabilité et la survenue secondaire de lésions méniscales et d’arthrose précoce.
Déchirure méniscale médiale ou latérale : pseudo-blocages, douleur mécanique et genou qui cède
Une lésion méniscale provoque des douleurs mécaniques, des craquements et parfois des “accrochages” articulaires. Dans certains cas, un fragment de ménisque se coince transitoirement entre le fémur et le tibia, entraînant un pseudo-blocage ou un dérobement soudain en pleine marche. Le patient décrit alors un genou qui lâche, souvent accompagné d’une douleur vive sur la ligne articulaire. Contrairement à l’instabilité du LCA, ce lâchage est moins lié au pivot et davantage à certains angles de flexion du genou. L’IRM du genou est l’examen de référence pour visualiser ces déchirures et guider la décision entre traitement conservateur et arthroscopie.
Gonarthrose et coxarthrose évoluées : effondrement articulaire, boiterie de trendelenburg et lâchage
Dans les arthroses avancées du genou (gonarthrose) ou de la hanche (coxarthrose), le cartilage est détruit, les surfaces articulaires deviennent irrégulières et la mécanique du membre inférieur se désorganise. La boiterie de Trendelenburg, caractérisée par l’affaissement du bassin du côté opposé à la jambe malade, traduit une faiblesse des muscles fessiers et un mauvais contrôle de la hanche. Vous pouvez alors avoir la sensation que la jambe ne soutient plus correctement, surtout lors de la phase d’appui monopodal. Cette situation augmente d’environ 2 à 3 fois le risque de chute chez les plus de 70 ans selon plusieurs études épidémiologiques.
Instabilité rotulienne et luxation récidivante de la rotule : dérobement antérieur du genou en descente d’escaliers
Chez l’adulte jeune, une instabilité rotulienne peut entraîner des épisodes de subluxation ou de luxation de la rotule, en particulier en descente d’escaliers, en courant ou lors d’une flexion brusque. La personne ressent un genou qui part en avant, fréquemment accompagné d’un craquement et d’un gonflement secondaire. Entre les épisodes, une appréhension importante s’installe, modifiant la façon de poser le pied et pouvant, à elle seule, accentuer la sensation de jambe instable. Un bilan radiographique avec incidence en semi-flexion et parfois un scanner permettent d’évaluer la morphologie rotulienne et fémorale, ainsi que l’axe du membre.
Troubles de l’équilibre et causes fonctionnelles : analyse de la marche et facteurs de chute
Ataxie cérébelleuse et vestibulopathies bilatérales : marche ébrieuse, oscillations et jambe perçue comme instable
Les atteintes du cervelet ou du système vestibulaire (oreille interne) perturbent la coordination et l’équilibre. La marche devient ébrieuse, avec élargissement du polygone de sustentation, oscillations latérales et difficultés à faire demi-tour rapidement. Dans ce cadre, la jambe ne lâche pas réellement sur le plan moteur, mais vous pouvez la percevoir comme instable parce que le corps tangue. Les vestibulopathies bilatérales, souvent liées à des atteintes toxiques ou dégénératives, doublent voire triplent le risque de chute chez les seniors selon des données de cohorte. La rééducation vestibulaire joue ici un rôle central pour réentraîner le cerveau aux informations sensorielles perturbées.
Hypotension orthostatique, malaise vagal et syncopes : genoux qui flanchent sans déficit moteur organique
L’hypotension orthostatique correspond à une chute de tension artérielle lors du passage à la station debout. Le sang stagne dans les jambes, le cerveau est moins perfusé, et des vertiges, un voile noir ou une sensation de faiblesse globale surviennent. Les genoux qui flanchent alors ne reflètent pas un défaut musculaire ou neurologique, mais une perte transitoire de tonus liée au malaise. Ce mécanisme se retrouve aussi dans les malaises vagaux ou certaines syncopes cardiaques. La mesure de la tension couchée puis debout, associée parfois à un tilt-test, permet de confirmer ce mécanisme et d’ajuster hydratation, médicaments et mesures posturales.
Troubles fonctionnels du mouvement (conversion, syndrome de la jambe qui lâche sans lésion) : diagnostic positif et critères cliniques
Les troubles fonctionnels du mouvement se caractérisent par des symptômes moteurs réels mais non expliqués par une lésion neurologique ou orthopédique structurale. Une jambe peut lâcher de manière spectaculaire, parfois uniquement en présence de certaines personnes ou dans des contextes précis, alors que la force est normale au testing allongé. Le diagnostic est positif, fondé sur des signes cliniques typiques : incohérence entre la plainte et l’examen, variabilité importante d’un moment à l’autre, amélioration transitoire lors de certaines manœuvres de distraction. L’objectif n’est pas de dire “tout est dans la tête”, mais d’expliquer qu’il s’agit d’un dysfonctionnement du contrôle moteur, qui répond bien à une prise en charge pluridisciplinaire (kinésithérapie, psychothérapie, parfois hypnose).
Influence des psychotropes, myorelaxants et benzodiazépines sur le tonus musculaire et la stabilité en marche
De nombreux médicaments ont un impact sur le tonus musculaire, la vigilance et la coordination. Les benzodiazépines, les hypnotiques, certains antidépresseurs ou neuroleptiques diminuent la vigilance et ralentissent les réflexes de rattrapage en cas de déséquilibre. Les myorelaxants réduisent la contractilité musculaire et peuvent amplifier une faiblesse préexistante. Chez les personnes âgées polymédiquées, cette iatrogénie est un facteur majeur de jambe qui lâche et de chute, parfois sous-estimé. Une revue régulière du traitement avec le médecin ou le gériatre, associée à une adaptation progressive des doses, fait partie intégrante de la prévention des chutes médicamenteuses.
Diagnostic d’une jambe qui lâche en marchant : examens cliniques, bilans d’imagerie et tests électrophysiologiques
Examen neurologique détaillé : testing musculaire, score MRC, réflexes ostéo-tendineux et signe de steppage
Le diagnostic de la cause d’une jambe qui se dérobe commence par un examen clinique minutieux. Le testing musculaire systématique selon le score MRC (Medical Research Council) évalue la force de 0 à 5 pour chaque groupe musculaire. Les réflexes ostéo-tendineux (rotulien, achilléen) orientent vers une atteinte centrale (réflexes vifs, spasticité) ou périphérique (réflexes abolis). L’observation de la marche détecte un steppage, un fauchage, une boiterie de Trendelenburg ou une démarche hésitante. Les troubles de la sensibilité (fourmillements, zones anesthésiées) et l’examen des nerfs crâniens complètent ce bilan, surtout si un AVC ou une SEP sont suspectés.
Bilan orthopédique ciblé : tests de lachman, Pivot-Shift, McMurray et manœuvre de trendelenburg
Le bilan orthopédique recherche une instabilité ligamentaire ou un blocage mécanique. Le test de Lachman et la manœuvre de Pivot-Shift évaluent l’intégrité du LCA et la stabilité rotatoire du genou. Le test de McMurray recherche une douleur ou un ressaut évoquant une déchirure méniscale. La manœuvre de Trendelenburg, réalisée en position unipodale, explore la stabilité de la hanche et la force des muscles fessiers. L’analyse de l’axe des membres inférieurs, des appuis plantaires et de la souplesse musculaire complète l’examen, notamment pour différencier un genou qui lâche lié à une anomalie biomécanique d’un trouble neurologique pur.
IRM lombaire, scanner et radiographies du membre inférieur : détection de hernie discale, arthrose et lésions ligamentaires
L’IRM lombaire est l’examen de choix pour visualiser une hernie discale, une sténose du canal lombaire ou une tumeur médullaire responsables de radiculopathie ou de myélopathie. Le scanner et les radiographies standard du genou, de la hanche ou de la cheville mettent en évidence arthrose, fractures, troubles d’axe ou calcifications tendineuses. Dans les suspicions de rupture ligamentaire ou de ménisque, l’IRM articulaire offre une cartographie fine des structures, indispensable pour décider d’une éventuelle chirurgie. Le choix des examens se fait toujours en fonction de l’examen clinique ; multiplier les imageries sans orientation précise expose au risque de découvertes fortuites peu pertinentes.
Électromyogramme (EMG) et étude de conduction nerveuse : différenciation neuropathie, radiculopathie et myopathie
L’électromyogramme (EMG) mesure l’activité électrique des muscles et la vitesse de conduction des nerfs. En cas de jambe qui lâche, cet examen aide à distinguer une neuropathie périphérique (atteinte du nerf), une radiculopathie (compression d’une racine au niveau rachidien) ou une myopathie (atteinte du muscle lui-même). Par exemple, dans une neuropathie diabétique, la conduction est ralentie de façon diffuse, alors que dans une compression du nerf fibulaire, l’anomalie est localisée au col du péroné. En pratique, l’EMG est particulièrement utile lorsque le déficit est modéré, chronique ou que les imageries sont peu contributives.
Analyse de la marche en laboratoire (plateformes de force, capteurs inertiels) : quantification de l’instabilité de la jambe
Dans les centres spécialisés, l’analyse instrumentée de la marche utilise des plateformes de force, des caméras et des capteurs inertiels pour mesurer précisément les paramètres de la locomotion : longueur du pas, temps d’appui, symétrie droite/gauche, oscillations du centre de gravité. Cette approche objective l’instabilité de la jambe qui lâche et permet de comparer l’effet de différents traitements (orthèses, chirurgie, programme de rééducation). Les études récentes montrent que des altérations subtiles de la variabilité de la marche peuvent prédire un risque de chute augmenté de 30 à 50 % chez les personnes âgées, bien avant que les premières chutes ne surviennent, ce qui ouvre des perspectives intéressantes pour la prévention.
| Cause principale | Type de lâchage | Examens clés |
|---|---|---|
| AVC, SEP, myélopathie | Faiblesse, fauchage, spasticité | IRM cérébrale/rachidienne, examen neuro, EMG |
| LCA, ménisque, arthrose | Giving way, blocages, douleur mécanique | Examen orthopédique, IRM/Radio, arthroscopie (selon cas) |
| Neuropathie périphérique | Steppage, pied tombant, déséquilibre | EMG, bilan métabolique, IRM ciblée |
Prise en charge et prévention : traitements médicaux, rééducation fonctionnelle et adaptations de la marche
La prise en charge d’une jambe qui lâche en marchant repose d’abord sur le traitement de la cause identifiée : anticoagulants et rééducation intensive après AVC, corticoïdes et immunomodulateurs pour certaines myélopathies ou myopathies inflammatoires, chirurgie pour un LCA rompu ou un tendon d’Achille, infiltration ou prothèse en cas d’arthrose sévère. Dans le diabète, le contrôle fin de la glycémie ralentit la progression de la neuropathie périphérique, tandis que la correction d’une carence en vitamine B12 peut améliorer une atteinte nerveuse carentielle. Le médecin ajuste également les traitements susceptibles de majorer la faiblesse ou les troubles de l’équilibre (benzodiazépines, myorelaxants, hypotenseurs).
Au-delà de la cause organique, la rééducation fonctionnelle est un pilier essentiel. Les séances de kinésithérapie ciblent le renforcement musculaire (quadriceps, fessiers, releveurs de pied), la proprioception (travail sur plateaux instables, exercices yeux fermés), la coordination et la correction du schéma de marche. Chez le sujet âgé, un simple programme de renforcement bihebdomadaire réduit de 20 à 30 % le risque de chute dans plusieurs essais cliniques. L’ergothérapeute intervient sur l’adaptation du domicile (barres d’appui, suppression des tapis glissants, éclairage) et sur le choix d’une aide à la marche (canne, déambulateur), en veillant à ne pas induire une dépendance excessive qui affaiblirait encore les muscles.
- Mettre en place un programme d’exercices quotidiens (montées de chaise, montées sur pointe de pied, marche rapide sécurisée) pour renforcer la jambe qui lâche.
- Optimiser les chaussures : semelles antidérapantes, bon maintien du talon, amorti suffisant pour limiter les microtraumatismes articulaires.
- Fractionner les efforts (faire des pauses régulières, alterner marche et repos) en cas de canal lombaire étroit ou de fatigue neurologique.
L’utilisation d’orthèses plantaires ou de chevillères stabilisatrices améliore parfois nettement la sensation de jambe qui cède, en corrigeant des troubles d’axe ou en sécurisant une cheville instable. Dans les pieds tombants d’origine neurologique, une orthèse releveur de cheville permet de dégager le pied du sol, de supprimer le steppage exagéré et de diminuer le risque de chute. Certaines équipes recourent également à la stimulation électrique fonctionnelle des releveurs de pied, synchronisée avec la phase de marche, avec des résultats encourageants sur la fluidité de la démarche.
Plus le travail de rééducation est commencé tôt après l’apparition d’une jambe qui lâche, plus le cerveau et les muscles disposent de marge pour réorganiser les circuits moteurs et compenser les déficits.
La prévention passe enfin par une hygiène de vie protectrice du muscle, de l’os et du système nerveux : activité physique régulière adaptée, alimentation riche en protéines de bonne qualité, apport suffisant en vitamine D et en calcium, arrêt du tabac qui altère la microcirculation des nerfs et des tendons. Pour beaucoup de patients, accepter d’utiliser temporairement une aide à la marche (canne, bâton de randonnée) est un pas difficile mais déterminant pour continuer à sortir, entretenir la force musculaire et maintenir la confiance en sa jambe. Une fois la stabilité retrouvée, cette aide peut être progressivement réduite, à mesure que le contrôle moteur et la force s’améliorent.