Avoir 107 trimestres cotisés, c’est déjà plus de 26 années et 9 mois de carrière, mais cela reste loin d’une carrière « complète » au sens de la retraite française. Si vous approchez de l’âge de départ ou que vous anticipez votre future pension, ce nombre de trimestres soulève forcément des questions : quel montant espérer, quel âge viser pour limiter la décote, comment optimiser la fin de carrière ou racheter des années manquantes ? Comprendre précisément ce que représentent ces 107 trimestres dans le système de retraite permet de mieux piloter vos choix : départ anticipé avec pension réduite, poursuite d’activité pour améliorer vos droits, ou recours aux dispositifs de minimum retraite et de solidarité. L’enjeu est double : sécuriser un revenu régulier sur la durée et éviter les mauvaises surprises au moment de la liquidation.

Comprendre ce que représentent 107 trimestres cotisés dans le système de retraite français

Différence entre trimestres cotisés, trimestres assimilés et durée d’assurance retraite

Le premier réflexe pour analyser une retraite avec 107 trimestres consiste à distinguer trimestres cotisés, trimestres assimilés et durée d’assurance. Les trimestres cotisés correspondent aux périodes où des cotisations vieillesse ont été prélevées sur votre rémunération et versées à un régime de base (CNAV, MSA, SSI, etc.). Ils proviennent principalement de vos salaires, de vos revenus indépendants ou de certains rachats de trimestres. Les trimestres assimilés, eux, ne sont pas financés par une cotisation directe, mais comptent dans la durée d’assurance : chômage indemnisé, maladie de longue durée, maternité ou paternité, formation professionnelle, certaines périodes de service militaire.

La durée d’assurance retraite totale additionne trimestres cotisés et trimestres assimilés et sert à deux choses : vérifier si vous atteignez la durée requise pour le taux plein, et calculer la proratisation de la pension. Pour une retraite avec 107 trimestres, la proportion de trimestres assimilés peut jouer sur certains droits, notamment pour le minimum contributif majoré où 120 trimestres cotisés sont exigés. Autrement dit, 107 trimestres dont 90 cotisés et 17 assimilés ne produiront pas exactement les mêmes effets que 107 trimestres dont 107 sont cotisés.

Calcul des trimestres sur le régime général (CNAV) : seuils de revenus et règles 2024

Dans le régime général (CNAV), un trimestre n’est pas lié à la durée de travail mais au montant annuel de salaire soumis à cotisations. Chaque année, un seuil est fixé : en 2024, un trimestre est validé dès que le salaire annuel atteint 150 fois le Smic horaire brut du 1er janvier. Pour simplifier, cela signifie qu’un emploi à temps partiel peut valider 4 trimestres si le revenu annuel dépasse 600 fois ce Smic horaire, même avec peu de mois travaillés. À l’inverse, plusieurs petits contrats sous-payés peuvent ne valider qu’un ou deux trimestres sur l’année.

Le nombre de trimestres est plafonné à 4 par année civile, même si vous avez cumulé plusieurs emplois ou que vos revenus sont très élevés. Pour une personne ayant 107 trimestres, cela représente au minimum 27 années où le seuil de validation a été atteint en tout ou partie. Les années à faibles revenus ou incomplètes expliquent souvent des trous dans la carrière qui empêchent d’atteindre rapidement la durée d’assurance requise pour le taux plein.

Prise en compte des trimestres dans les régimes alignés : MSA, SSI (ex-RSI), fonction publique

Les règles de validation des trimestres sont similaires dans les régimes dits « alignés » : Mutualité sociale agricole (MSA) pour les salariés agricoles et Sécurité sociale des indépendants (SSI, ex-RSI) pour artisans, commerçants, industriels. Là encore, le principe d’un trimestre par seuil de revenu s’applique, avec un maximum de 4 par an. Un indépendant peut ainsi valider 107 trimestres avec des revenus très variables, à condition d’avoir atteint, sur au moins 27 années, le seuil de revenu minimal.

Pour les agents publics, la logique diffère. Les trimestres sont liés à la durée de service dans la fonction publique. Certains congés (maladie, maternité, disponibilité dans des cas précis) sont assimilés. En revanche, si un fonctionnaire a des périodes au régime général (emplois privés antérieurs) et 107 trimestres au total, ces derniers seront répartis entre les régimes, ce qui influera sur la part de pension servie par chaque caisse.

Validation des trimestres par année civile : plafonds (4 trimestres/an) et cas particuliers

Avec 107 trimestres, un point clé est la répartition par année civile. Le plafond de 4 trimestres/an implique qu’une carrière courte mais très bien payée ne peut pas rattraper le temps passé : la durée d’assurance reste limitée par le temps écoulé. Certaines situations permettent toutefois de valider des trimestres sans activité professionnelle classique : assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), prise en charge d’un enfant handicapé, congé parental, périodes d’aidant familial (nouvelle assurance vieillesse des aidants). Ces dispositifs peuvent ajouter jusqu’à 24 trimestres considérés comme cotisés pour le calcul du minimum contributif majoré.

Autre cas particulier, les trimestres AVPF ou AVA sont réputés cotisés (dans la limite de 24 trimestres) pour certains calculs, ce qui peut aider un assuré à rapprocher ses 107 trimestres d’un profil plus contributif. Cependant, ils ne suppriment pas la nécessité d’avoir une durée d’assurance totale comprise entre 168 et 172 trimestres selon l’année de naissance pour le taux plein.

Âge légal, durée d’assurance requise et impact de 107 trimestres sur le taux de la pension

Tableau des générations concernées par la réforme 2023 (né avant/après 1965, 1968, 1973)

La réforme des retraites de 2023 a modifié à la fois l’âge légal de départ et la durée d’assurance requise pour un taux plein. Pour évaluer une retraite avec 107 trimestres, l’année de naissance est décisive. Voici un rappel des durées exigées pour une retraite à taux plein :

Année de naissance Trimestres nécessaires pour le taux plein
1958-1960 167 trimestres
1961-1963 168 trimestres
1964-1966 169 trimestres
1967-1969 170 trimestres
1970-1972 171 trimestres
À partir de 1973 172 trimestres

Avec 107 trimestres cotisés ou validés, un assuré né après 1963 se situe donc entre 61 % et 64 % de la durée requise, selon sa génération. L’âge légal recule progressivement jusqu’à 64 ans pour les générations les plus jeunes, mais l’âge du taux plein automatique sans condition de durée reste fixé à 67 ans. Cela signifie qu’avec 107 trimestres, le taux plein pourra être obtenu à 67 ans même sans atteindre les 168 à 172 trimestres.

Comparaison 107 trimestres vs durée d’assurance exigée (168 à 172 trimestres) pour le taux plein

Comparer 107 trimestres à une durée requise de 168 à 172 trimestres revient à mesurer un écart de 61 à 65 trimestres manquants. Cet écart a un double impact : une décote sur le taux de liquidation si vous partez avant 67 ans et une proratisation de la pension, puisque la formule du régime général multiplie le Salaire Annuel Moyen par le taux, puis par le rapport durée d’assurance régime général / durée requise. Avec seulement 107 trimestres, ce rapport tourne autour de 0,62 si la durée requise est de 172 trimestres.

En pratique, une personne née après 1973 avec 107 trimestres et un Salaire Annuel Moyen de 25 000 € pourrait voir sa pension de base calculée sur un taux réduit (par exemple 37,5 % au lieu de 50 %) puis sur une proratisation de 107 / 172, soit environ 0,62. Le cumul de ces deux effets diminue fortement la retraite de base, d’où l’importance d’analyser précisément la situation avant de liquider ses droits.

Application de la décote et de la surcote : formules CNAV et exemples chiffrés

La décote (coefficient de minoration) s’applique lorsque la retraite est liquidée avant d’avoir réuni la durée d’assurance requise et avant 67 ans. Pour chaque trimestre manquant, un pourcentage est retiré du taux maximum de 50 %. La décote standard est de 1,25 % par trimestre manquant, limitée à 20 trimestres. Même si 40 ou 60 trimestres manquent, la décote ne peut donc dépasser 25 % du taux, ce qui ramène le taux de 50 % à 37,5 % minimum.

La décote ne s’applique que sur le taux de liquidation, pas sur le Salaire Annuel Moyen ni sur la durée d’assurance. Ses effets se cumulent avec la proratisation, ce qui explique des pensions très amoindries en cas de carrière courte comme 107 trimestres.

À l’inverse, la surcote est accordée lorsque vous continuez à travailler au-delà de l’âge légal tout en ayant déjà la durée requise pour le taux plein. Elle augmente le taux de 1,25 % par trimestre supplémentaire. Avec 107 trimestres, la surcote n’entre généralement pas en jeu, sauf cas de carrières multiples où la durée d’assurance est complète tous régimes confondus, mais pas au régime général isolément.

Scénarios types avec 107 trimestres à 62, 64 et 67 ans : projection de pension brute mensuelle

Pour illustrer l’impact de 107 trimestres, imaginez un Salaire Annuel Moyen de 24 000 € (soit 2 000 € par mois). Ces chiffres sont des ordres de grandeur, mais permettent de visualiser :

  • À 62 ans avec 107 trimestres sur 172 requis : taux de 37,5 % après décote maximale, proratisation 107/172 ≈ 0,62. Pension de base ≈ 24 000 € x 37,5 % x 0,62 ≈ 5 580 €/an, soit environ 465 €/mois.
  • À 64 ans avec le même nombre de trimestres, la décote peut être un peu réduite selon la génération, mais l’essentiel de la minoration subsiste si la durée reste très incomplète.
  • À 67 ans, plus de décote : taux plein de 50 %, mais proratisation toujours 107/172. Pension de base ≈ 24 000 € x 50 % x 0,62 ≈ 7 440 €/an, soit environ 620 €/mois.

Ces montants ne tiennent pas compte des retraites complémentaires ni d’un éventuel minimum contributif ou de l’ASPA pour compléter les ressources, mais donnent une idée de ce que représente une retraite de base avec 107 trimestres à différents âges de départ.

Simulation de retraite avec 107 trimestres : calcul du SAM, du taux et de la proratisation

Calcul du salaire annuel moyen (SAM) sur les 25 meilleures années : méthode et limites

Le Salaire Annuel Moyen (SAM) est la base de calcul de la retraite de base du régime général. Il correspond à la moyenne des 25 meilleures années de salaires revalorisés, pour les générations les plus récentes. Lorsque la carrière est courte, comme avec 107 trimestres, les 25 meilleures années n’existent parfois pas : seules 20 ou 22 années ont généré des salaires. Dans ce cas, seules les années réellement cotisées entrent dans le calcul, ce qui peut limiter l’impact de périodes à très faibles revenus.

En revanche, si vous avez eu de nombreuses années à temps partiel mal rémunéré, celles-ci seront intégrées dans la moyenne. L’effet est similaire à un bulletin scolaire : quelques mauvaises notes dans un grand nombre d’années pèsent moins que plusieurs mauvaises années sur un petit ensemble. Une stratégie de fin de carrière bien rémunérée peut donc améliorer significativement le SAM, même avec un total de 107 trimestres seulement.

Détermination du taux de liquidation (taux plein, taux minoré) avec 107 trimestres validés

Le taux de liquidation repose sur deux éléments : la durée d’assurance tous régimes confondus et l’âge au moment du départ. Avec 107 trimestres, deux cas se présentent :

  • Départ avant 67 ans : si la durée d’assurance exigée (par exemple 172 trimestres) n’est pas atteinte, un taux minoré s’applique. La décote par trimestre manquant est de 1,25 %, limitée à 20 trimestres.
  • Départ à partir de 67 ans : quel que soit le nombre de trimestres, le taux plein de 50 % est accordé pour la retraite de base, sous réserve de remplir les autres conditions administratives.

Une retraite avec 107 trimestres cotisés à 62 ou 64 ans combinera donc décote et proratisation, tandis que la même durée d’assurance à 67 ans n’aura plus de décote, mais restera fortement proratisée. Cette différence peut représenter plusieurs centaines d’euros par mois sur la durée de vie à la retraite.

Proratisation de la pension selon la durée d’assurance au régime général vs durée requise

La formule de base du régime général peut se résumer ainsi : pension = SAM x taux x (trimestres régime général / trimestres requis). Avec 107 trimestres au régime général et 172 requis, ce dernier ratio est de 0,62. Pour un SAM de 22 000 € et un taux de 50 %, la pension théorique serait de 22 000 x 50 % x 0,62 ≈ 6 820 €/an, soit environ 568 €/mois.

Si le taux est minoré par la décote, par exemple à 40 %, la pension tombe à 22 000 x 40 % x 0,62 ≈ 5 456 €/an, soit environ 454 €/mois. Cette double mécanique (taux + proratisation) explique pourquoi une retraite avec 107 trimestres peut être sensiblement inférieure au minimum contributif standard, ce qui ouvre parfois droit à une majoration pour atteindre ce minimum, sous conditions de ressources et de durée d’assurance.

Exemples concrets de calcul pour un salarié du privé, un artisan SSI et un agent public

Pour un salarié du privé rattaché à la CNAV avec un SAM de 23 000 € et 107 trimestres, né après 1973, la durée requise est de 172 trimestres. À 67 ans, sans décote, la pension de base tournerait autour de 23 000 x 50 % x (107/172) ≈ 7 149 €/an, soit environ 596 €/mois. La retraite complémentaire Agirc‑Arrco s’ajouterait à ce montant, proportionnellement aux points acquis.

Pour un artisan affilié à la SSI avec les mêmes 107 trimestres et un revenu moyen reconstitué de 20 000 €, le schéma est similaire : 20 000 x 50 % x (107/172) ≈ 6 220 €/an (environ 518 €/mois), auxquels s’ajoutent les points de retraite complémentaire des indépendants. Les années déficitaires ou sans revenu pèsent davantage dans ce profil, car les revenus peuvent être très irréguliers.

Pour un agent public ayant alterné fonction publique et périodes au régime général, une partie des 107 trimestres relève du minimum garanti propre aux pensions civiles ou militaires, l’autre de la CNAV. Le calcul devient alors dual : pension de fonctionnaire sur la base du traitement indiciaire et éventuellement du minimum garanti, plus pension CNAV proratisée sur les trimestres au régime général. La coordination entre caisses est ici déterminante pour ne pas sous-estimer la pension totale.

Utilisation des simulateurs officiels info‑retraite et m@rel pour affiner les projections

Au-delà des calculs théoriques, les simulateurs officiels comme le service public d’estimation retraite ou l’outil M@rel accessible via votre espace Info‑retraite permettent de projeter des scénarios réalistes avec 107 trimestres : ajout de quelques années supplémentaires, rachat de trimestres, évolution de salaire de fin de carrière. Ces simulateurs prennent en compte les règles en vigueur, les réformes récentes et les spécificités de chaque régime.

Utiliser régulièrement un simulateur officiel à partir de 55 ans apporte une vision dynamique de votre trajectoire de retraite et aide à arbitrer entre départ anticipé et prolongation d’activité.

Les mises à jour fréquentes des paramètres (Smic, minimum contributif, plafonds de retraites personnelles) y sont intégrées, ce qui sécurise le chiffrage. Avec 107 trimestres, ces outils permettent de tester l’impact concret de deux ou trois années supplémentaires de travail sur votre pension future.

Rachat et optimisation des trimestres pour améliorer une retraite avec seulement 107 trimestres

Dispositif de rachat fillon (années d’études supérieures, années incomplètes) : conditions et coût

Le rachat Fillon permet d’augmenter le nombre de trimestres pris en compte pour le calcul de la retraite. Il cible principalement les années d’études supérieures et les années incomplètes (moins de 4 trimestres validés). Avec 107 trimestres, racheter entre 4 et 8 trimestres peut réduire significativement la décote et améliorer la proratisation, surtout si le rachat est effectué suffisamment tôt. Le coût dépend de l’âge, du revenu et de l’option choisie : rachat pour le seul taux, ou pour le taux et la durée d’assurance.

Le rachat pour le seul taux agit sur la décote mais ne modifie pas le ratio trimestres validés / trimestres requis. Le rachat pour le taux et la durée est plus coûteux, mais plus puissant : il augmente le numérateur du rapport dans la formule de calcul de la pension. L’arbitrage entre ces deux options doit intégrer votre horizon de départ à la retraite, votre capacité financière actuelle et votre tranche marginale d’imposition.

Rachat de trimestres dans les régimes de base complémentaires (CIPAV, CARMF, CNBF) : spécificités

Certains régimes professionnels (professions libérales notamment) permettent également des rachats spécifiques : CIPAV pour certains indépendants, CARMF pour les médecins, CNBF pour les avocats. Ces rachats visent soit à compléter des années faiblement cotisées, soit à régulariser des périodes non cotisées. Pour une carrière courte avec 107 trimestres répartis entre plusieurs régimes, ces dispositifs peuvent densifier la durée d’assurance dans un régime donné, avec un double effet sur la pension de base et sur les points de retraite complémentaire.

Les coûts et modalités varient fortement d’un régime à l’autre, avec parfois des fenêtres de rachat limitées dans le temps. Une analyse individualisée est donc indispensable, car un rachat mal calibré peut peser fortement sur la trésorerie sans augmentation proportionnelle de la pension future.

Stratégies de poursuite d’activité : cumul emploi‑retraite, retraite progressive, temps partiel

Quand 107 trimestres ne suffisent pas pour assurer une retraite confortable, prolonger l’activité professionnelle reste l’outil le plus efficace. Plusieurs stratégies existent :

  • Retraite progressive : à partir d’un certain âge, possibilité de réduire son temps de travail tout en percevant une fraction de sa pension, tout en continuant à acquérir des trimestres et des points.
  • Cumul emploi‑retraite : après la liquidation de votre retraite, possibilité de reprendre une activité et de cumuler pension et revenus, sous conditions de plafonds dans certains cas.
  • Passage en temps partiel aménagé dans la dernière partie de carrière pour lisser la transition, tout en continuant à valider des trimestres, voire 4 par an si le revenu est suffisant.

Ces solutions permettent d’ajouter quelques années de cotisations, qui, dans une situation avec 107 trimestres, peuvent faire passer un cap important : atteindre 120 trimestres cotisés pour le minimum contributif majoré, ou franchir un seuil de génération pour réduire la décote.

Arbitrages fiscaux et sociaux : impact des rachats sur l’impôt sur le revenu et les cotisations

Les cotisations de rachat de trimestres sont en principe déductibles de votre revenu imposable, ce qui en réduit le coût net. Plus votre taux marginal d’imposition est élevé, plus cette déduction est intéressante. Un rachat de 10 000 € peut par exemple coûter « réellement » 6 000 à 7 000 € après avantage fiscal. Cependant, la décision doit intégrer les cotisations sociales, les charges professionnelles et votre horizon de départ à la retraite.

Un rachat de trimestres pertinent est celui dont le coût actualisé est inférieur à la valeur actualisée des flux de pension supplémentaires qu’il génère sur toute la retraite.

En complément, une poursuite d’activité permet parfois d’accroître l’épargne retraite individuelle (PER, contrats Madelin pour les indépendants, épargne salariale) en bénéficiant d’avantages fiscaux. Avec 107 trimestres, combiner rachat ciblé, prolongation d’activité et effort d’épargne complémentaire constitue souvent la stratégie la plus robuste.

Interactions entre 107 trimestres cotisés et les régimes complémentaires (Agirc‑Arrco, ircantec, etc.)

Alignement (ou non) du départ en retraite complémentaire sur la retraite de base

Les régimes complémentaires, en particulier Agirc‑Arrco pour les salariés du privé, sont étroitement coordonnés avec la retraite de base, mais pas totalement alignés. En principe, la liquidation de la retraite complémentaire intervient en même temps que celle de la retraite de base à taux plein. Avec 107 trimestres, un départ avant le taux plein entraîne souvent une minoration temporaire ou définitive de la complémentaire, via des coefficients spécifiques.

Pour certains régimes comme l’Ircantec (agents non titulaires de la fonction publique) ou les régimes complémentaires des professions libérales, les règles de départ anticipé, de majoration ou de minoration peuvent être différentes. Un choix de date de départ basé uniquement sur la retraite de base peut donc être sous‑optimal pour la pension globale.

Calcul des points Agirc‑Arrco avec une carrière courte : incidence sur la retraite globale

La retraite Agirc‑Arrco fonctionne par points. Chaque année, vos cotisations sont converties en points en divisant le montant de cotisations par le prix d’acquisition du point. Une carrière courte, avec 107 trimestres, signifie moins d’années de cotisation et donc moins de points. Toutefois, le niveau des salaires perçus joue un rôle clé : 15 ans de salaire élevé peuvent générer autant de points que 25 ans de bas salaires.

Pour se faire une idée, un salaire brut mensuel moyen de 2 500 € pendant 25 ans produira un capital de points supérieur à celui d’une carrière avec 1 500 € sur la même durée. Avec 107 trimestres, la présence d’années à revenus confortables peut donc compenser en partie la durée insuffisante, surtout si le départ est repoussé au‑delà de l’âge légal pour limiter les coefficients de minoration.

Coefficient de solidarité (malus Agirc‑Arrco) et départ anticipé avec faible durée d’assurance

Depuis 2019, les nouveaux retraités Agirc‑Arrco peuvent subir un coefficient de solidarité (malus) de 10 % sur la retraite complémentaire pendant 3 ans s’ils partent à l’âge du taux plein de la retraite de base. Pour l’éviter, il faut généralement travailler un an de plus après l’obtention du taux plein. Dans une situation avec 107 trimestres, ce mécanisme joue surtout si la durée d’assurance est suffisante pour le taux plein avant 67 ans, ce qui est peu fréquent.

En revanche, un départ anticipé avec une faible durée d’assurance peut entraîner d’autres minorations internes aux régimes complémentaires (coefficients actuariels). Un départ à 62 ans avec 107 trimestres, donc loin du taux plein, peut ainsi cumuler : décote sur la base, proratisation et minoration sur les complémentaires. Ce cumul justifie souvent de décaler le départ de quelques années, voire jusqu’à 67 ans, pour sécuriser un niveau de pension acceptable.

Cumul de plusieurs caisses complémentaires (Agirc‑Arrco, ircantec, régimes des professions libérales)

Une carrière avec 107 trimestres peut avoir été morcelée entre plusieurs statuts : salarié du privé, contractuel de la fonction publique, profession libérale. Chacune de ces périodes a généré des droits dans une caisse complémentaire différente : Agirc‑Arrco, Ircantec, Cipav ou autre caisse de libéraux. Au moment de la retraite, chaque organisme calcule et verse sa propre pension sur la base des points acquis.

La coordination se fait au travers du relevé de carrière et du récapitulatif de points disponible sur la plateforme Info‑retraite. Plus la carrière est hachée, plus le travail de vérification est important : vérification des points, des périodes manquantes, des droits spécifiques (majorations pour enfants, périodes à l’étranger). Avec 107 trimestres dispersés, un audit de carrière complet est fortement recommandé plusieurs années avant la liquidation.

Cas pratiques : retraite avec 107 trimestres pour salarié, indépendant, fonctionnaire et carrière mixte

Carrière salariée majoritaire avec 107 trimestres : exemple type CNAV + Agirc‑Arrco

Imaginez un salarié ayant travaillé principalement dans le privé, avec des salaires moyens de 2 000 € nets mensuels et 107 trimestres validés à 62 ans. Sa retraite de base CNAV sera calculée sur ses 25 meilleures années, probablement celles où il a travaillé à temps plein. Si son SAM atteint 24 000 €, la pension de base à 62 ans subira une décote maximale et une proratisation, pour un montant voisin de 450 à 500 € par mois.

La retraite Agirc‑Arrco viendra compléter ce montant. Avec une carrière de 26 à 27 ans, le capital de points pourra générer une pension complémentaire de 300 à 600 € par mois selon le niveau de salaire et la régularité des cotisations. Au total, une retraite globale de l’ordre de 800 à 1 100 € par mois est fréquente dans ce profil. À 67 ans, la suppression de la décote CNAV et la possibilité d’atteindre le minimum contributif peuvent améliorer sensiblement ce niveau.

Travailleur indépendant (SSI, ex‑RSI) avec 107 trimestres et revenus irréguliers

Pour un travailleur indépendant affilié à la SSI, 107 trimestres peuvent résulter de longues périodes de faible activité et de quelques années très rémunératrices. Le SAM reflétera cette irrégularité, avec un effet parfois pénalisant si beaucoup d’années sont faiblement cotisées. La pension de base sera calculée de façon similaire à celle d’un salarié, mais sur la base des revenus déclarés aux régimes indépendants.

La retraite complémentaire des indépendants, également en points, sera très sensible aux revenus réellement déclarés. Un indépendant ayant cherché à minimiser ses cotisations pour préserver sa trésorerie professionnelle peut découvrir, au moment de la retraite, une pension très inférieure à ses attentes. Dans ce contexte, le rachat ciblé de quelques trimestres, une poursuite d’activité jusqu’à 67 ans et la mobilisation de produits d’épargne retraite individuels deviennent des leviers essentiels pour sécuriser le niveau de vie.

Fonctionnaire avec services incomplets : 107 trimestres entre pension civile et CNAV

Un fonctionnaire qui quitte la fonction publique sans avoir atteint 15 années de services effectifs ne relève pas du minimum garanti et voit ses droits basculer partiellement vers le régime général. Avec 107 trimestres au total, répartis entre pension civile et CNAV, le calcul devient plus complexe. Les services accomplis dans la fonction publique donnent droit à une pension calculée sur le traitement indiciaire des six derniers mois, avec un taux fonction du nombre d’années de service.

Les périodes dans le privé ou en contractuel alimentent la CNAV et, éventuellement, l’Ircantec. La somme finale des pensions peut être significativement différente de celle d’un fonctionnaire ayant effectué toute sa carrière au même endroit. Une attention particulière doit être portée à la prise en compte des bonifications pour enfants, des congés parentaux et des périodes d’aidant, qui peuvent améliorer la durée d’assurance dans l’un ou l’autre régime.

Carrière mixte (privé, public, auto‑entrepreneur) : coordination entre CNAV, MSA, SRE, CNRACL

De plus en plus de parcours professionnels combinent salariat privé, fonction publique et activité indépendante ou auto‑entrepreneur. Avec 107 trimestres, la carrière peut être éclatée entre CNAV, MSA, Service des Retraites de l’État (SRE) et CNRACL (collectivités locales). Chaque régime calcule sa part de retraite selon ses propres règles, sur la base des périodes validées chez lui.

La réglementation européenne et les conventions internationales permettent en outre de totaliser les périodes effectuées à l’étranger pour ouvrir certains droits, même si chaque pays verse ensuite sa propre pension. Pour une carrière mixte avec seulement 107 trimestres en France, la prise en compte de trimestres étrangers peut parfois faire la différence entre une retraite très faible et un revenu plus soutenable. Un examen détaillé de chaque période, avec l’appui de simulateurs et, au besoin, d’un conseiller spécialisé, constitue alors une étape indispensable pour optimiser la date de départ et le niveau de pension globale.