
À l’approche du départ, la même question revient : combien restera-t-il vraiment chaque mois sur le compte bancaire une fois la retraite versée ? Entre estimation en ligne, notifications de pension et bulletins de paiement, les montants sont souvent affichés en brut, alors que ce qui compte pour votre budget, c’est la retraite nette, voire nette d’impôt. Comprendre la différence entre retraite brute et nette, les prélèvements sociaux et fiscaux, ainsi que les règles propres à chaque régime (CNAV, Agirc‑Arrco, fonction publique, indépendants) devient indispensable pour éviter les mauvaises surprises et préparer sereinement vos revenus de retraité.
La bonne nouvelle : le passage du brut au net repose sur des règles stables, des taux connus et des méthodes de calcul que vous pouvez reproduire sur un simple tableur. Avec quelques repères (revenu fiscal de référence, nombre de parts fiscales, résidence en France ou à l’étranger), il devient possible d’anticiper précisément votre pension nette, de vérifier vos premiers paiements et d’ajuster votre stratégie d’épargne retraite complémentaire.
Différence entre retraite brute et retraite nette : définitions, composantes et enjeux fiscaux
Définition technique de la pension de retraite brute dans les régimes CNAV, Agirc‑Arrco et SRE
La retraite brute correspond au montant de pension calculé par chaque régime avant toute déduction de cotisations ou de prélèvements sociaux. Pour les salariés du privé, la retraite de base CNAV est calculée selon la formule officielle : Revenu annuel moyen x Taux de pension x (Durée d’assurance CNAV / Durée pour le taux plein). Le revenu annuel moyen est la moyenne revalorisée des 25 meilleures années, plafonnée au PASS (47 100 € en 2025). Le taux de pension atteint 50 % au taux plein, puis est minoré par la décote en cas de trimestres manquants.
La retraite complémentaire Agirc‑Arrco est calculée en points : chaque année, vos cotisations sont converties en points, puis, au moment de la liquidation, la pension annuelle brute se calcule en multipliant le nombre total de points par la valeur de service du point. Pour les fonctionnaires (SRE, CNRACL), la pension de base est déterminée par la formule suivante : Dernier traitement indiciaire brut x (Trimestres pris en compte / Trimestres requis) x 75 %, avec un maximum de 75 % (porté à 80 % dans certains cas de bonifications). Dans tous ces régimes, le chiffre obtenu est un montant brut.
Définition de la pension de retraite nette après prélèvements sociaux et fiscaux
La retraite nette correspond au montant effectivement viré sur votre compte avant prise en compte de l’impôt sur le revenu, ou après, selon la notion utilisée. Il faut distinguer :
- la pension nette de prélèvements sociaux, c’est‑à‑dire après déduction de la CSG, de la CRDS, de la CASA et, le cas échéant, de la cotisation d’assurance maladie ;
- la pension nette imposable, sur laquelle s’applique le prélèvement à la source ;
- la pension nette versée après impôt, qui est la somme réellement disponible pour vos dépenses courantes.
Concrètement, pour passer de la retraite brute à la retraite nette, les caisses appliquent d’abord les prélèvements sociaux en fonction de votre revenu fiscal de référence (RFR) et du nombre de parts. Ensuite, l’administration fiscale applique le taux de prélèvement à la source sur la pension nette imposable. La différence entre ces notions explique pourquoi le montant figurant sur votre avis d’imposition n’est jamais exactement le même que celui visible sur votre compte bancaire.
Distinction retraite brute / retraite nette sur le bulletin de pension de la CNAV et de l’Agirc‑Arrco
Le bulletin de pension mensuel de la CNAV ou de l’Agirc‑Arrco distingue clairement plusieurs lignes. En haut, figure la pension brute due par le régime (de base ou complémentaire). Viennent ensuite les lignes de retenues : CSG avec indication du taux appliqué (3,8 %, 6,6 % ou 8,3 %), CRDS à 0,5 %, CASA à 0,3 % le cas échéant, et, pour Agirc‑Arrco, la cotisation d’assurance maladie à 1 % (ou 1,3 % en Alsace‑Moselle).
Le montant après ces retenues correspond à la retraite nette de prélèvements sociaux. Une autre ligne mentionne le net imposable, qui diffère du net versé car une partie de la CSG est déductible de l’impôt sur le revenu. Enfin, le prélèvement à la source est affiché, avec le taux transmis par la DGFiP. Le dernier montant en bas de page est la pension nette versée, celle que vous visualisez sur votre relevé bancaire.
Impact du statut (ancien salarié privé, fonctionnaire d’état, indépendant SSI, professions libérales CNBF, CARMF) sur le brut et le net
Le statut professionnel au cours de la carrière influence à la fois le montant brut (formule de calcul différente) et le montant net (prélèvements spécifiques). Un salarié du privé cumule généralement une retraite de base CNAV et une retraite complémentaire Agirc‑Arrco ; les deux sont soumises aux mêmes taux de CSG‑CRDS‑CASA, mais seule la complémentaire Agirc‑Arrco supporte la cotisation maladie de 1 %. Un fonctionnaire d’État, affilié au SRE, perçoit une pension de base souvent plus élevée car calculée sur le dernier traitement indiciaire, complétée parfois par le RAFP pour les primes.
Les indépendants affiliés à la SSI ou à la Cipav, ainsi que les professions libérales (CARMF, CARPIMKO, CNBF, etc.), disposent de schémas mixtes : régime de base généralement aligné sur la CNAV et un ou plusieurs régimes complémentaires en points. Pour ces catégories, la cotisation maladie de 1 % ne s’applique pas sur les retraites complémentaires des travailleurs indépendants, ce qui améliore légèrement le rapport brut/net par rapport à un salarié Agirc‑Arrco à pension brute équivalente.
Les prélèvements sociaux qui transforment la retraite brute en net (CSG, CRDS, CASA, cotisation maladie)
Taux de CSG sur les retraites 2025 : taux normal, taux médian, taux réduit, exonération selon le revenu fiscal de référence
La CSG est le principal prélèvement social qui affecte la retraite brute. Au 1er janvier 2025, quatre taux existent pour les pensionnés résidant fiscalement en France et affiliés à un régime obligatoire de sécurité sociale : 8,3 % (taux normal), 6,6 % (taux médian), 3,8 % (taux réduit) et 0 % (exonération). Le taux applicable dépend du revenu fiscal de référence (RFR) de l’année N‑2 et du nombre de parts fiscales. Par exemple, pour une personne seule (1 part), le taux zéro s’applique jusqu’à 12 817 € de RFR 2023, et le taux normal au‑delà de 26 004 €.
Pour un couple (2 parts), l’exonération totale s’applique jusqu’à 19 661 € de RFR, et le taux normal au‑delà de 39 886 €. Entre ces seuils, s’appliquent les taux réduit et médian. Une mesure de lissage existe pour les retraités au taux réduit : le passage à un taux supérieur n’intervient que si le RFR dépasse pendant deux années consécutives le plafond du taux réduit, ce qui évite les variations brutales de pension nette d’une année sur l’autre.
Application de la CRDS et de la CASA sur les pensions CNAV et Agirc‑Arrco : assiette, taux, plafonds
La CRDS (0,5 %) s’applique sur la même assiette que la CSG : la totalité de la pension de retraite brute. Elle ne concerne pas les pensionnés exonérés de CSG. La CASA (0,3 %) finance l’autonomie des personnes âgées dépendantes et ne concerne que les retraités soumis à la CSG au taux médian (6,6 %) ou au taux normal (8,3 %). Les retraités au taux réduit (3,8 %) ou exonérés de CSG ne paient donc pas la CASA.
Au final, le taux global de prélèvements sociaux sur les pensions CNAV et Agirc‑Arrco atteint, en 2025 :
| Situation CSG | CSG | CRDS | CASA | Total prélèvements |
|---|---|---|---|---|
| Exonération | 0 % | 0 % | 0 % | 0 % |
| Taux réduit | 3,8 % | 0,5 % | 0 % | 4,3 % |
| Taux médian | 6,6 % | 0,5 % | 0,3 % | 7,4 % |
| Taux normal | 8,3 % | 0,5 % | 0,3 % | 9,1 % |
Ces pourcentages s’appliquent directement à la pension brute pour obtenir une première estimation de la retraite nette de prélèvements sociaux, sans tenir compte de la cotisation maladie éventuelle.
Cotisation d’assurance maladie sur les retraites des non‑résidents et régimes spéciaux (SNCF, RATP, IEG)
Les pensions de base de la Sécurité sociale (CNAV, MSA) sont en principe exonérées de cotisation d’assurance maladie pour les résidents fiscaux français. Une exception importante concerne les retraités domiciliés fiscalement à l’étranger mais restant affiliés au régime français : une cotisation d’assurance maladie de 3,20 % est alors prélevée sur le montant brut de la pension, en remplacement de la CSG‑CRDS‑CASA, dont ils sont exonérés.
Pour les retraites complémentaires (Agirc‑Arrco, Ircantec, CRPN), une cotisation maladie de 1 % s’ajoute aux autres prélèvements pour les retraités soumis à la CSG médiane ou normale, portée à 1,3 % dans le régime local d’Alsace‑Moselle. Certains régimes spéciaux (SNCF, RATP, IEG) peuvent présenter des particularités mais respectent globalement le même schéma : pas de cotisation maladie sur la retraite de base pour les résidents fiscaux en France métropolitaine, sauf régime local spécifique.
Cas particuliers : exonération de prélèvements sociaux pour les petites pensions et minima sociaux (ASPA, ASI)
Les retraités aux revenus modestes peuvent être exonérés de CSG, CRDS et CASA. Deux grands cas se distinguent. D’abord, l’exonération liée aux minima sociaux : les titulaires de l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), de l’ASI (allocation supplémentaire d’invalidité) ou d’une allocation veuvage ne supportent aucun prélèvement social sur leurs pensions. En 2025, le plafond de ressources pour bénéficier de l’ASPA est fixé à 12 411,44 € annuels pour une personne seule et 19 268,80 € pour un couple, des montants légèrement inférieurs aux seuils d’exonération de CSG.
Ensuite, l’exonération liée au revenu fiscal de référence : si votre RFR 2023 (appliqué en 2025) est inférieur ou égal à 12 817 € pour une personne seule ou 19 661 € pour un couple, aucune CSG, CRDS ni CASA n’est prélevée. Professionnellement, il s’observe que beaucoup de nouveaux retraités sous‑estiment cet avantage : une baisse importante de revenus au moment du départ peut faire basculer en exonération partielle ou totale deux ans plus tard, améliorant significativement la retraite nette.
Calcul combiné des prélèvements sociaux sur un exemple réel de pension brute à 2 000 €
Imaginons une pension brute totale de 2 000 € par mois (base + complémentaire), pour un retraité résidant en France métropolitaine, soumis au taux normal de CSG. Les prélèvements sociaux maximaux atteignent 9,1 % pour la retraite de base et 10,1 % pour la complémentaire. Pour un calcul simple, supposons que l’intégralité de la pension soit soumise au taux de 9,1 % (cas d’une pension de base uniquement) :
Prélèvements sociaux = 2 000 € × 9,1 % = 182 €. La pension nette de prélèvements sociaux sera donc de 2 000 – 182 = 1 818 €. Si la pension comprend 1 000 € de base et 1 000 € de complémentaire Agirc‑Arrco, les comptes sont légèrement différents : 91 € de retenues sur la base (9,1 %), 101 € sur la complémentaire (10,1 %), soit 192 € au total et une pension nette de 1 808 €. Cette dizaine d’euros de différence, liée à la cotisation maladie de 1 %, illustre l’impact de la composition de votre retraite sur le net reçu.
Comment calculer sa retraite nette à partir de sa retraite brute : méthode pas à pas
Identifier la retraite brute totale : addition CNAV, Agirc‑Arrco et autres régimes supplémentaires (PER, article 83)
La première étape pour calculer votre retraite nette consiste à identifier précisément la retraite brute totale. Pour cela, il convient de regrouper :
- les montants bruts communiqués par votre régime de base (CNAV, MSA, SRE, CNRACL, SSI, etc.) ;
- les pensions complémentaires (Agirc‑Arrco, Ircantec, régimes des professions libérales, RAFP, etc.) ;
- les éventuelles rentes issues de produits supplémentaires obligatoires ou facultatifs (anciens contrats
article 83, PER obligatoire, PER individuel, contrats Madelin).
Chaque organisme affiche un montant brut sur sa notification de pension et sur votre espace en ligne. En additionnant ces montants, vous obtenez la base de calcul. Les régimes supplémentaires comme les PER peuvent être liquidés en capital ou en rente ; en cas de rente, celle‑ci est fiscalisée comme une pension de retraite, ce qui signifie qu’elle supporte à la fois les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu selon des règles proches de celles des régimes obligatoires.
Appliquer les bons taux de CSG, CRDS, CASA en fonction du revenu fiscal de référence et du foyer fiscal
La deuxième étape consiste à appliquer les bons taux de prélèvements sociaux en fonction de votre revenu fiscal de référence. Le RFR 2023 (indiqué sur votre avis d’imposition 2024) détermine le taux de CSG applicable à vos pensions en 2025. Il suffit de repérer votre tranche dans le tableau de service‑public.fr : exonération, taux réduit à 3,8 %, taux médian à 6,6 % ou taux normal à 8,3 %, selon le nombre de parts.
Une fois le taux de CSG déterminé, les caisses appliquent automatiquement la CRDS (0,5 % sauf exonération totale) et la CASA (0,3 % si vous êtes au taux médian ou normal). Pour un calcul manuel, vous pouvez créer trois cellules distinctes dans un tableur : Taux_CSG, Taux_CRDS, Taux_CASA, puis additionner ces valeurs pour obtenir un Taux_prélèvements_sociaux. Multipliez ensuite ce taux global par le montant brut de chaque pension pour obtenir le total des retenues sociales.
Intégrer ou non la cotisation maladie selon la résidence fiscale (france, UE, suisse) et la situation d’affiliation
La troisième étape consiste à vérifier si une cotisation d’assurance maladie doit être ajoutée aux prélèvements sociaux. Trois cas principaux se présentent. Pour un résident fiscal en France, affilié au régime général, il n’y a pas de cotisation maladie sur la retraite de base. En revanche, les retraites complémentaires Agirc‑Arrco, Ircantec et CRPN sont soumises à 1 % (ou 1,3 % en Alsace‑Moselle) si vous êtes au taux médian ou normal de CSG.
Pour un retraité fiscalement domicilié hors de France, aucune CSG, CRDS ni CASA n’est prélevée, mais une cotisation maladie de 3,20 % s’applique sur la pension de base, sous conditions d’affiliation. Pour les travailleurs frontaliers ou résidents dans un autre pays de l’UE ou en Suisse, la situation peut être plus complexe (coordination des systèmes, règle de compétence entre caisses étrangères et françaises) ; un avis personnalisé d’expert‑comptable ou de conseiller retraite permet souvent d’éviter des erreurs de simulation.
Simuler une pension nette avec un tableur excel ou google sheets : formules pratiques et arrondis
Un simple tableur Excel ou Google Sheets suffit pour simuler votre retraite nette. Une structure pratique peut s’organiser en colonnes : Régime, Brut, Taux prélèvements sociaux, Prélèvements (€), Net social. En supposant que le brut soit en cellule B2 et le taux global (par exemple 9,1 %, saisi sous forme 0,091) en C2, la formule des prélèvements sociaux en D2 sera : =B2*C2. Le net social en E2 sera : =B2-D2.
Pour intégrer le prélèvement à la source, une autre colonne peut indiquer le Taux_PAS transmis par la DGFiP (par exemple 5 %, soit 0,05) et une colonne PAS (€) avec la formule =Net_imposable*Taux_PAS. En pratique, les caisses appliquent des arrondis au centime d’euro, avec parfois de légers écarts entre la simulation et le paiement réel dus à l’agrégation de plusieurs régimes et aux arrondis cumulés.
Contrôler son premier paiement de retraite nette à partir de la notification de pension de l’assurance retraite
Au premier versement, contrôler la cohérence entre la notification de pension de l’Assurance retraite et le montant reçu est vivement recommandé. La notification détaille la pension brute annuelle et mensuelle, le taux de CSG retenu, ainsi que le montant net social. En la combinant avec l’avis d’imposition (pour vérifier le RFR et le taux de prélèvement à la source), vous pouvez reconstituer le cheminement brut → net social → net imposable → net versé.
En cas d’écart important, plusieurs raisons sont possibles : changement de taux de prélèvement à la source intervenu entre la notification et le paiement, application différée du nouveau taux de CSG en début d’année, ou encore erreur de données (RFR ou nombre de parts mal pris en compte). La plupart des caisses mettent à disposition un service téléphonique dédié pour ces vérifications, ce qui facilite la régularisation lorsque l’écart est avéré.
Influence de la fiscalité sur la conversion de retraite brute en net imposable
Différence entre pension nette versée et pension nette imposable déclarée aux impôts
La notion de net imposable crée souvent de la confusion. La pension nette versée que vous voyez sur votre compte est inférieure au montant brut, car les prélèvements sociaux ont déjà été déduits et l’impôt à la source a été prélevé. Le net imposable correspond au montant brut moins la part déductible de la CSG et, le cas échéant, la cotisation d’assurance maladie. Il est généralement supérieur au net versé, car la part de CSG non déductible reste incluse dans l’assiette de l’impôt.
Sur votre bulletin de pension, la ligne « Net imposable » est celle qui sera automatiquement remontée dans votre déclaration de revenus préremplie. C’est aussi sur ce montant que s’applique l’abattement de 10 % pour frais professionnels accordé aux pensions de retraite. Comprendre cette différence permet d’éviter de comparer à tort votre net bancaire avec le revenu imposable figurant sur l’avis d’imposition.
Application de l’abattement de 10 % retraite sur le revenu imposable et plafonds annuels
Les pensions de retraite bénéficient d’un abattement spécifique de 10 % pour frais professionnels, appliqué automatiquement par l’administration fiscale sur le montant brut des pensions déclarées (dans la limite d’un minimum et d’un plafond annuels actualisés chaque année). Cet abattement réduit le revenu imposable, donc l’impôt théorique avant prélèvement à la source. L’abattement est partagé entre tous les membres du foyer fiscal percevant une pension.
Concrètement, si votre pension imposable annuelle s’élève à 24 000 €, l’abattement de 10 % ramène la base à 21 600 €, sous réserve du respect des plafonds applicables. Cette mécanique explique pourquoi, à pension nette égale, deux retraités avec des niveaux de pensions totales différents peuvent avoir des taux de prélèvement à la source significativement différents : la progressivité de l’impôt et l’abattement forfaitaire modulent fortement le taux effectif.
Prélèvement à la source sur les pensions de retraite : taux personnalisé, taux neutre, ajustement sur impots.gouv.fr
Depuis 2019, les pensions de retraite sont soumises au prélèvement à la source. La Direction générale des finances publiques calcule un taux unique pour l’ensemble du foyer, en fonction de la dernière déclaration de revenus, puis transmet ce taux aux caisses de retraite. Trois options sont possibles : un taux personnalisé (par défaut), un taux individualisé pour les couples afin de répartir la charge fiscale, ou un taux neutre (non personnalisé), appliqué principalement pour préserver la confidentialité des revenus vis‑à‑vis d’un employeur.
Ce taux s’applique sur le net imposable mensuel, après déduction de la CSG déductible et de la cotisation maladie. Le retraité peut à tout moment, via son espace personnel sur impots.gouv.fr, simuler une modification de ce taux en cas de variation de revenus (par exemple, cumul emploi‑retraite, départ du conjoint en retraite, rachat de trimestres, fin d’un crédit immobilier). Cette possibilité d’ajustement en temps réel est l’une des évolutions majeures de la fiscalité des retraités au cours des cinq dernières années.
Simulation du net après impôt avec le simulateur officiel de la DGFiP pour une pension brute donnée
Pour estimer votre retraite nette après impôt à partir d’un montant brut donné, le simulateur officiel de la DGFiP constitue un outil de référence. En renseignant votre situation familiale, vos pensions brutes, ainsi que d’éventuels autres revenus (fonciers, capitaux mobiliers, bénéfices non commerciaux), le simulateur calcule l’impôt théorique annuel après abattement de 10 %, puis en déduit un taux de prélèvement à la source.
En combinant ce taux avec un calcul brut/net social, vous obtenez une vision complète : montant brut → net social → net imposable → net après impôt. Cette approche multisources est particulièrement utile si vous disposez, en plus de vos retraites obligatoires, d’une rente de PER ou d’un complément de revenus locatifs. Elle permet d’anticiper non seulement le niveau de vie à la retraite, mais aussi l’impact d’un éventuel rachat de capital ou d’une liquidation échelonnée de votre épargne retraite individuelle.
Spécificités de calcul brut / net selon le régime de retraite (salariés, fonctionnaires, indépendants)
Retraite des salariés du privé : schéma CNAV + Agirc‑Arrco, exemples pour un cadre et un non‑cadre
Pour un salarié du privé, la structure standard de la pension combine une retraite de base CNAV et une retraite complémentaire Agirc‑Arrco. Prenons l’exemple d’un non‑cadre ayant un salaire annuel moyen de 27 000 € et 172 trimestres validés. La pension de base à taux plein sera : 27 000 × 50 % × (172 / 172) = 13 500 € bruts par an, soit 1 125 € bruts par mois. S’il a accumulé l’équivalent de 4 000 points Agirc‑Arrco avec une valeur de service de 1,42 €, la pension complémentaire brute sera de 5 680 € par an, soit environ 473 € par mois.
La pension totale brute atteint 1 598 € mensuels. Soumise au taux plein de prélèvements (9,1 % sur la base, 10,1 % sur la complémentaire), la retraite nette de prélèvements sociaux tournera autour de 1 450 € par mois. Pour un cadre avec un salaire moyen plus élevé et davantage de points Agirc‑Arrco, le poids relatif de la retraite complémentaire dans la pension totale augmente : en pratique, la cotisation maladie de 1 % sur l’Agirc‑Arrco a alors un effet plus marqué sur le différentiel brut/net.
Retraite des fonctionnaires (SRE, CNRACL) : calcul sur le traitement indiciaire brut, RAFP et primes
Les fonctionnaires civils de l’État (SRE) et territoriaux ou hospitaliers (CNRACL) bénéficient d’un mécanisme différent. La pension de base, calculée sur le dernier traitement indiciaire brut détenu pendant au moins 6 mois, peut atteindre 75 % (voire 80 % avec certaines bonifications) du traitement de référence en cas de carrière complète. En revanche, les primes ne sont pas incluses dans cette base et sont prises en charge par le régime additionnel de la fonction publique (RAFP), qui fonctionne lui‑même en points.
Sur le plan brut/net, les pensions des fonctionnaires sont soumises aux mêmes taux de CSG, CRDS et CASA que les autres retraites. Le RAFP, versé sous forme de rente additionnelle ou de capital, supporte également les prélèvements sociaux et l’impôt. De ce fait, un fonctionnaire ayant beaucoup de primes verra une partie de sa retraite versée via le RAFP, avec un schéma brut/net proche d’une retraite complémentaire privée. L’enjeu, pour vous, consiste à intégrer l’ensemble de ces flux (pension principale + RAFP) dans les simulations pour éviter de sous‑estimer le montant net réellement perçu.
Retraite des indépendants et micro‑entrepreneurs (SSI, cipav) : particularités de cotisations et impact sur le net
Les travailleurs indépendants (artisans, commerçants, micro‑entrepreneurs) affiliés à la SSI et certaines professions libérales relevant de la Cipav disposent d’un régime de base aligné sur la CNAV, mais avec un revenu professionnel moyen à la place du salaire annuel moyen. La retraite complémentaire des indépendants (RCI) fonctionne en points, avec des règles de décote et de surcote propres. Un indépendant qui part à la retraite sans tous ses trimestres subit souvent une double pénalité : décote sur la retraite de base et décote sur la retraite complémentaire.
Sur le plan des prélèvements sociaux, la grande différence réside dans l’absence de cotisation maladie de 1 % sur les retraites complémentaires des indépendants : le taux maximum de prélèvements reste donc à 9,1 %, contre 10,1 % pour un affilié Agirc‑Arrco. Pour un micro‑entrepreneur ayant cotisé sur des bases relativement faibles, les montants bruts sont souvent modestes, ce qui peut conduire à une exonération de CSG ou à l’application du taux réduit. Dans ces configurations, la retraite nette se rapproche davantage du brut, ce qui peut compenser en partie le faible niveau de pension.
Professions libérales (CARMF, CARPIMKO, CNBF, CIPAV) : structure des régimes de base et complémentaires et incidence sur le net
Les professions libérales (médecins CARMF, infirmiers CARPIMKO, avocats CNBF, architectes et autres affiliés à la Cipav) disposent de régimes spécifiques, souvent articulés en : un régime de base aligné sur la CNAV, un ou plusieurs régimes complémentaires obligatoires en points, et parfois un régime supplémentaire. Les valeurs de service du point et les règles de cotisation varient fortement d’un régime à l’autre, ce qui se traduit par des niveaux de pension bruts très hétérogènes à revenu identique.
Les prélèvements sociaux (CSG, CRDS, CASA) s’appliquent toutefois selon les mêmes règles que pour les autres retraités. L’absence de cotisation maladie de 1 % sur la plupart des retraites complémentaires des professions libérales améliore le différentiel brut/net par rapport à un salarié affilié à Agirc‑Arrco. Pour un médecin affilié à la CARMF, par exemple, avec une importante retraite complémentaire, la structure brut/net sera donc légèrement plus favorable, toutes choses égales par ailleurs, que pour un cadre du privé percevant la même pension brute globale.
Utiliser les simulateurs de retraite pour estimer le passage de la retraite brute à la retraite nette
Paramétrage avancé de l’outil officiel info‑retraite.fr pour obtenir un net estimatif
Le portail officiel Info‑retraite.fr propose un service de simulation unifié qui agrège vos droits dans tous les régimes (CNAV, Agirc‑Arrco, SSI, régimes de la fonction publique, professions libérales). En utilisant le service « Mon estimation retraite », vous accédez à des montants de pension bruts et nets avant impôts, calculés à partir de vos données de carrière. Le paramétrage avancé permet de modifier l’âge de départ, d’ajouter des périodes manquantes (chômage, temps partiel, expatriation) et d’intégrer un projet de retraite progressive ou de cumul emploi‑retraite.
Une fois ces paramètres ajustés, l’outil fournit une vision claire de l’évolution du brut et du net selon l’âge de départ envisagé. Les données reflètent automatiquement les taux de CSG, CRDS, CASA et de cotisation maladie en fonction de l’hypothèse de revenu fiscal retenue, ce qui en fait une base solide pour affiner vos propres simulations sous tableur ou avec l’aide d’un expert‑comptable.
Fonctionnalités des simulateurs privés (MACSF, AG2R la mondiale, maaf, groupama) pour affiner le net
De nombreux assureurs et institutions de prévoyance (MACSF, AG2R La Mondiale, Maaf, Groupama, Gan Prévoyance, etc.) proposent des simulateurs privés qui complètent utilement l’outil public. Ces simulateurs intègrent souvent les contrats maison (PER, retraite supplémentaire, article 83) et permettent de projeter non seulement la retraite obligatoire, mais aussi les rentes issues de l’épargne retraite individuelle ou d’entreprise.
Ces outils offrent, en général, une estimation du revenu global à la retraite en net, en prenant en compte à la fois les prélèvements sociaux et une hypothèse de taux de prélèvement à la source. Ils permettent de tester différents scénarios : augmentation ou diminution des versements sur un PER, sortie en capital vs rente, âge de liquidation des droits supplémentaires, etc. Pour un professionnel libéral ou un dirigeant d’entreprise, ces simulateurs constituent une aide précieuse pour arbitrer entre salaire, dividendes et épargne retraite.
Comparaison de scénarios : âge de départ (62, 64, 67 ans), décote/surcote et impact sur la pension nette
Les simulateurs, publics ou privés, prennent en compte les règles de décote et de surcote liées à l’âge de départ et au nombre de trimestres validés. Partir à 62 ans avec une durée d’assurance incomplète entraîne une décote sur la retraite de base (0,625 % par trimestre manquant, jusqu’à 20 trimestres) et parfois sur la retraite complémentaire. Partir à 64 ans ou 67 ans, une fois le taux plein obtenu, permet de bénéficier, dans certains régimes, d’une surcote augmentant durablement votre pension brute.
Pour vous, le véritable enjeu réside dans la comparaison des pensions nettes selon ces scénarios. Une surcote de quelques pourcents sur le brut, combinée à une CSG élevée, peut cela dit avoir un effet moindre qu’attendu sur le net. À l’inverse, un départ plus précoce avec une décote peut placer votre RFR sous certains plafonds et vous faire passer d’un taux de CSG normal à un taux médian ou réduit, améliorant le rapport brut/net. Les simulateurs permettent de visualiser ces effets croisés de manière chiffrée.
Pour sécuriser ces projections, l’export des résultats et leur confrontation avec un professionnel restent une pratique recommandée, surtout en présence d’enjeux patrimoniaux importants (cession d’entreprise, revenus locatifs significatifs, patrimoine financier élevé). Un regard extérieur permet souvent d’optimiser non seulement le montant net de la retraite, mais aussi la structure globale du revenu imposable du foyer à long terme.