Pour un salarié en retraite progressive, chaque jour férié peut modifier subtilement le temps de travail, la rémunération et, à terme, le montant de la pension. Entre les règles du Code du travail, les conventions collectives, les pratiques d’entreprise et les exigences de la CARSAT ou de l’URSSAF, la gestion des jours chômés devient un véritable exercice d’équilibriste. Si vous préparez une fin de carrière à temps partiel ou en forfait jours, les jours fériés ne sont plus seulement des jours de repos : ils influencent votre quotité de travail, vos droits à congés payés, vos RTT et vos trimestres de retraite. Comprendre finement ce cadre permet d’optimiser la transition, de sécuriser les paies et d’éviter des litiges coûteux, aussi bien pour vous que pour l’employeur.

Cadre juridique de la retraite progressive et des jours fériés en droit du travail français

Article L.351-15 du code de la sécurité sociale et articulation avec le code du travail sur les jours chômés

Le dispositif de retraite progressive repose sur une logique simple : une liquidation provisoire d’une fraction de la pension, calculée en fonction de la diminution d’activité. Le principe est posé par l’article L.351-15 du Code de la sécurité sociale (repris aujourd’hui dans les articles L161-22-1-5 et suivants), qui encadre la réduction de la durée de travail ou des revenus professionnels. De son côté, le Code du travail, notamment via les articles L.3133-1 et suivants, fixe la liste des jours fériés légaux et les règles de maintien de salaire pour les jours chômés. La difficulté tient à l’articulation : la CARSAT vérifie que la quotité de travail demeure entre 40 % et 80 %, tandis que l’employeur doit appliquer correctement les jours chômés sans fausser la durée du travail déclarée. Un jour férié payé mais non travaillé reste du temps de travail rémunéré, mais n’augmente pas la quotité légale.

Convention collective, accords d’entreprise (ex. syntec, métallurgie, HCR) et clauses spécifiques aux jours fériés

Au-delà de la loi, la gestion des jours fériés en retraite progressive dépend fortement de la convention collective et des accords d’entreprise. Dans la convention Syntec par exemple, certains ponts et jours fériés peuvent être intégrés à des accords de RTT collectifs, ce qui impacte directement le planning d’un cadre à 80 %. Dans la métallurgie, des dispositions précisent parfois le paiement majoré de certains jours fériés travaillés, y compris pour un salarié en temps partiel senior. Dans l’hôtellerie-restauration (HCR), la fréquence élevée des jours fériés travaillés rend la question de la majoration et des repos compensateurs particulièrement sensible. L’employeur doit donc vérifier que les avenants de retraite progressive ne contredisent pas ces clauses, sous peine de nullité partielle ou de rappels de salaire lors d’un contrôle.

Distinction entre jours fériés légaux, jours chômés d’usage et jours fériés conventionnels

Pour bien gérer les jours fériés en retraite progressive, il est indispensable de distinguer plusieurs catégories. Les jours fériés légaux (11 au niveau national, dont le 1er mai avec un statut spécifique) sont ceux prévus par le Code du travail. Les jours chômés d’usage, comme le 26 décembre en Alsace-Moselle ou certains jours de fermeture traditionnelle, ne sont pas forcément payés, sauf accord ou usage constant. Enfin, les jours fériés conventionnels ou supplémentaires sont créés par accord collectif, par exemple un jour offert pour Noël ou la veille du 1er mai. Pour un salarié en retraite progressive, ces distinctions influencent le calcul du temps de travail effectif et la rémunération, mais ne modifient pas en tant que tels les conditions d’accès au dispositif (âge, 150 trimestres, quotité de 40 à 80 %).

Rôle de l’URSSAF, de la CARSAT et de l’inspection du travail en cas de contrôle des jours fériés

En pratique, plusieurs acteurs peuvent intervenir sur la gestion des jours fériés en fin de carrière. L’URSSAF contrôle la correcte assiette des cotisations : un jour férié chômé payé à un salarié à 60 % doit être intégré dans le salaire soumis à cotisations, sans être confondu avec des heures supplémentaires. La CARSAT (ou la MSA) s’intéresse à la cohérence entre le salaire déclaré, la quotité de travail et la fraction de pension de retraite progressive servie. L’inspection du travail, enfin, peut examiner l’égalité de traitement entre salariés à temps partiel et temps plein, y compris sur les jours fériés, et sanctionner une pratique discriminatoire à l’égard des seniors. Une politique RH claire et documentée sur les jours fériés en retraite progressive limite ces risques de contentieux.

Calcul du temps de travail en retraite progressive : quotité, proratisation et jours fériés chômés

Détermination de la quotité de travail (40 %, 60 %, 80 %) et effet mécanique sur le décompte des jours fériés

La quotité de travail est le pivot de la retraite progressive : elle doit se situer entre 40 % et 80 % d’un temps plein (ou entre 50 % et 90 % dans la fonction publique d’État). Pour un salarié à 60 %, les jours fériés chômés ne changent pas officiellement la quotité : celle-ci reste déterminée par le contrat (par exemple 21 heures sur une base de 35 heures). En revanche, ces jours influencent le volume de travail réellement effectué sur l’année, ce qui peut créer des écarts entre temps théorique et temps réalisé. La CARSAT calcule la fraction de pension (par exemple 40 % de la retraite versée) à partir de la quotité contractuelle, pas du nombre de jours fériés. L’employeur doit donc veiller à ne pas utiliser les jours fériés comme variable d’ajustement artificielle pour contourner la limite des 80 %.

Proratisation des jours fériés en jours ouvrés, ouvrables et en heures pour les contrats à temps partiel

Pour un contrat à temps partiel en heures, la gestion des jours fériés repose sur une proratisation en fonction des jours ouvrés ou ouvrables. En principe, un salarié à temps partiel bénéficie des jours fériés chômés s’il aurait dû travailler ce jour-là, dans les mêmes conditions qu’un temps plein, sous réserve d’une ancienneté minimale selon l’article L.3133-3. La paie doit convertir ces jours en heures : un jour férié un lundi pour un contrat de 3 jours par semaine génère un maintien de salaire sur la journée prévue. Certains logiciels SIRH paramètrent un compteur spécifique de « jours fériés chômés payés » pour les temps partiels senior. La clé consiste à définir dans l’avenant de retraite progressive un planning stable, pour éviter de priver en pratique le salarié de la majorité des jours fériés.

Traitement spécifique des jours fériés coïncidant avec un jour non travaillé habituel (mercredi ou vendredi non travaillé)

Une question fréquente en retraite progressive concerne le sort d’un jour férié tombant sur un jour non travaillé habituel, par exemple un mercredi non travaillé pour un 60 %. Sauf disposition conventionnelle plus favorable, un jour férié coïncidant avec un jour normalement non travaillé n’ouvre pas droit à un repos ou à une rémunération complémentaire. Le salarié n’est donc ni perdant, ni gagnant : son temps partiel inclut déjà cette absence ce jour-là. En revanche, certaines conventions ou usages prévoient le report ou la compensation d’un jour férié « perdu », notamment dans des secteurs très concurrentiels. Pour sécuriser la gestion, l’avenant de retraite progressive peut préciser noir sur blanc la règle applicable, afin d’éviter les contestations ultérieures.

Gestion des ponts (ex. pont de l’ascension, 8 mai + ascension) pour les salariés en retraite progressive

Les ponts, qu’ils soient légaux, d’usage ou négociés par accord, compliquent encore davantage la gestion des temps de travail fractionnés. Un pont de l’Ascension organisé par l’employeur peut être imputé sur un compteur de RTT collectif, sur un compte épargne-temps (CET) ou traité comme jour de congé payé imposé. Pour un salarié en retraite progressive, ce pont réduit mécaniquement le temps de travail effectif, ce qui peut sembler attractive, mais ne modifie pas la quotité contractuelle. Deux précautions pratiques s’imposent : d’une part, vérifier que la réduction d’activité cumulée (jours fériés + ponts + congés) ne ramène pas le salarié en deçà de 40 % en durée réelle sur l’année ; d’autre part, éviter de concentrer tous les ponts sur les jours non travaillés du salarié, au risque d’un traitement moins favorable.

Exemples chiffrés complets : salarié à 60 % dans une PME industrielle et salarié cadre à 80 % dans le tertiaire

Un exemple aide souvent à visualiser l’impact concret. Imaginez un salarié de PME industrielle travaillant 21 heures sur 35, les lundi, mardi, jeudi, à 60 %. Sur une année avec 8 jours fériés tombant sur ces jours, il bénéficie de 8 journées de maintien de salaire sans travailler, soit environ 8 x 7 heures = 56 heures rémunérées. Sa fraction de retraite progressive pourrait être de 40 % de la pension théorique. À l’inverse, un cadre du tertiaire en forfait jours réduit à 80 % (par exemple 174 jours sur 218) verra ses jours fériés simplement inclus dans les jours non travaillés annuels. Si un jour férié tombe sur un jour ouvrable prévu comme travaillé, il sera chômé payé, mais le total de 174 jours restera inchangé : c’est la répartition dans le planning qui évolue, pas la quotité ni la fraction de pension.

Rémunération des jours fériés en retraite progressive : maintien de salaire, majorations et impact sur la pension

Règles de maintien de la rémunération selon l’article L.3133-3 du code du travail

L’article L.3133-3 du Code du travail impose le maintien du salaire pour les jours fériés chômés, sous conditions d’ancienneté (souvent 3 mois dans l’entreprise) et d’assiduité. Un salarié en retraite progressive à temps partiel bénéficie de ce maintien au prorata de son horaire contractuel. Autrement dit, un jour férié équivaut à une journée normale de travail dans la limite de son contrat. Cette règle vise à éviter la double pénalisation : baisse de salaire liée à la réduction d’activité et perte de jours fériés payés. Pour l’employeur, la clé est de vérifier que le calcul intègre bien la rémunération horaire réelle du temps partiel, y compris primes d’ancienneté ou indemnités conventionnelles, afin d’éviter un sous-paiement source de rappel de salaire.

Impact des jours fériés payés sur le salaire de référence pour le calcul de la retraite de base (CNAV) et complémentaire (Agirc-Arrco)

Les jours fériés chômés payés sont inclus dans l’assiette de cotisations vieillesse, donc dans le salaire de référence pris en compte pour la retraite de base (CNAV) et la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Concrètement, un salarié en retraite progressive continue d’acquérir des droits, même les jours fériés non travaillés, dès lors qu’ils sont rémunérés. Le salaire porté au compte vieillesse inclut ces montants, ce qui améliore le salaire annuel moyen et les points Agirc-Arrco. Toutefois, l’effet reste proportionnel au temps partiel : un 60 % génère environ 60 % des cotisations d’un temps plein, sauf mécanisme de surcotisation autorisé par accord écrit avec l’employeur. Pour un cadre au forfait jours à temps réduit, les cotisations peuvent être plafonnées à 1,7 fois le SMIC, ce qui limite l’apport de ces jours fériés payés sur la future pension.

Traitement des jours fériés travaillés : majorations salariales, repos compensateur et incidences sur les cotisations

Lorsque les jours fériés sont travaillés, la question se déplace sur les majorations et les repos compensateurs. Le 1er mai, par exemple, doit être payé double si travaillé, y compris pour un salarié en retraite progressive à 50 % ou 80 %. D’autres jours fériés peuvent donner lieu à des majorations prévues par la convention collective ou les accords d’entreprise, particulièrement dans la grande distribution ou la santé. Ces heures travaillées augmentent la rémunération brute, donc les cotisations vieillesse et, in fine, les droits à retraite. En revanche, elles ne changent pas officiellement la quotité de travail déclarée à la CARSAT, sauf si des heures supplémentaires régulières remettent en cause la réalité du temps partiel, ce qui peut susciter des interrogations lors d’un contrôle.

Cas des secteurs à forte présence de jours fériés travaillés : santé, grande distribution, hôtellerie-restauration

Dans les secteurs comme la santé, la grande distribution ou l’hôtellerie-restauration, les jours fériés travaillés sont la norme plus que l’exception. Un infirmier à 70 % en retraite progressive peut être souvent planifié les jours fériés, avec des majorations et repos compensateurs. Le risque principal est la dérive : multiplication des heures travaillées les jours chômés qui fait approcher, voire dépasser, le seuil de 80 % de la durée légale. Certaines CARSAT examinent attentivement ces situations, surtout si les bulletins de paie affichent des heures complémentaires ou des primes de jour férié fréquentes. D’où l’intérêt d’un pilotage fin du planning, pour concilier attractivité des jours fériés majorés pour le salarié senior et respect strict des limites de la retraite progressive.

Articulation entre jours fériés, congés payés et RTT en situation de retraite progressive

Hiérarchie jours fériés / congés payés / RTT dans le planning d’un salarié en retraite progressive

La hiérarchie entre jours fériés, congés payés et RTT devient stratégique à mesure que la quotité de travail diminue. En principe, un jour férié chômé interrompt un congé payé s’il tombe sur un jour ouvrable normalement travaillé, ce qui permet de ne pas décompter un jour de congé sur le compteur. Les RTT, individuelles ou collectives, se positionnent autour de ces jours, parfois pour créer des ponts. Pour un salarié en retraite progressive, un planning bien conçu permet de valoriser pleinement les jours fériés tout en préservant les droits à congés et RTT. Un exemple : placer un jour de RTT le vendredi suivant un jeudi férié permet de créer un long week-end sans consommer davantage de congés payés, même à 60 %.

Impact des jours fériés sur l’acquisition des congés payés pour les quotités de travail inférieures à 50 %

La règle d’acquisition des congés payés repose sur le temps de travail effectif, évalué en jours ou en heures, et non sur le seul pourcentage de temps partiel. Un salarié à 40 % en retraite progressive acquiert en principe autant de jours de congés qu’un salarié à temps plein (par exemple 25 jours ouvrés), mais la valeur de chaque jour est proratisée à son temps partiel. Les jours fériés chômés payés sont assimilés à du temps de travail effectif pour l’acquisition des congés. Par conséquent, même à faible quotité, ces jours contribuent à maintenir un nombre de jours de congés relativement élevé. Cette spécificité est parfois mal comprise, ce qui conduit à des erreurs de paramétrage dans les SIRH et à des rappels de droits en faveur des salariés seniors.

Gestion des compteurs RTT dans les systèmes SIRH (ADP, sage, PayFit) pour les salariés en fin de carrière

Les outils de gestion des temps (ADP, Sage, PayFit, etc.) jouent un rôle clé pour fiabiliser la retraite progressive. Le paramétrage des compteurs RTT doit tenir compte de la quotité, du type de forfait (heures ou jours) et des jours fériés. Un salarié cadre en forfait jours réduit peut disposer d’un contingent de RTT différent d’un temps plein, mais la présence de jours fériés chômés impacte la planification des jours de présence. Certains SIRH intègrent désormais des modules spécifiques « fin de carrière » permettant de simuler l’impact d’un passage à 60 % ou 70 % sur les compteurs RTT et les jours fériés. Une vérification annuelle, en lien avec la direction financière, limite les risques de dérive budgétaire ou de non-respect de la durée maximale de travail.

Scénarios complexes : jour férié pendant un congé annuel, un CET utilisé ou une semaine non travaillée

Les combinaisons jour férié / congé / temps partiel génèrent souvent des questions pratiques. Si un jour férié tombe pendant un congé annuel sur un jour normalement travaillé, il n’est pas décompté du congé, même en retraite progressive : le salarié garde ce jour de congé sur son compteur. Si le congé est pris via un compte épargne-temps (CET), la même logique s’applique, sauf accord dérogatoire. En revanche, si le jour férié survient pendant une semaine entière non travaillée prévue par l’avenant (par exemple une semaine sur deux non travaillée pour un 50 %), aucune compensation n’est due, sauf clause plus favorable. L’important est de formaliser ces scénarios dans une note interne, afin que vous puissiez anticiper vos droits sans surprise.

Négociation d’un avenant au contrat de travail : clauses spécifiques aux jours fériés en retraite progressive

Formulation contractuelle de la répartition du temps de travail intégrant les jours fériés récurrents (1er mai, 14 juillet, 25 décembre)

L’avenant de retraite progressive est le bon outil pour cadrer les jours fériés. Une clause peut préciser la répartition hebdomadaire (par exemple lundi-mardi-jeudi) tout en rappelant que les jours fériés légaux, notamment le 1er mai, le 14 juillet et le 25 décembre, sont gérés conformément aux dispositions légales et conventionnelles. Pour un salarié qui souhaite optimiser la valeur de ses jours fériés, il peut être pertinent de choisir des jours de travail coïncidant fréquemment avec ces dates, surtout dans les secteurs où ces jours sont chômés. L’avenant peut également mentionner expressément que les jours fériés tombant sur un jour non travaillé n’ouvrent pas droit à compensation, afin d’éviter des interprétations divergentes.

Clauses de flexibilité sur la récupération des jours fériés pour les cadres au forfait jours en retraite progressive

Pour les cadres au forfait jours en retraite progressive, les jours fériés s’insèrent dans un nombre annuel de jours travaillés (par exemple 150 jours pour une quotité d’environ 69 %). Des clauses de flexibilité peuvent prévoir la possibilité de déplacer certains jours de repos autour des jours fériés, en concertation avec le manager. Par exemple, travailler un jour férié moyennant la récupération d’un jour de repos ultérieur, sans dépasser le plafond annuel de jours. Une telle clause doit respecter les temps de repos minimum (11 heures journalières, 35 heures hebdomadaires) et ne pas porter atteinte aux droits fondamentaux du salarié. Bien rédigée, elle offre une souplesse précieuse pour absorber les pics d’activité autour des jours fériés, sans mettre en péril la retraite progressive.

Intégration des jours fériés locaux ou d’outre-mer (Alsace-Moselle, guadeloupe, martinique, la réunion) dans l’avenant

Dans certaines régions ou départements d’outre-mer, des jours fériés locaux s’ajoutent aux jours légaux nationaux : Vendredi saint et 26 décembre en Alsace-Moselle, fêtes spécifiques en Guadeloupe, Martinique, La Réunion, etc. Pour un salarié en retraite progressive travaillant dans ces territoires, l’avenant au contrat devrait idéalement mentionner ces jours locaux, en indiquant s’ils sont chômés, payés, ou traités comme des jours d’usage. Cette précision limite les malentendus et facilite le travail des services paie. Elle permet aussi au salarié d’anticiper l’impact de ces jours supplémentaires sur la répartition de son temps partiel, particulièrement lorsque les semaines de travail sont alternées ou modulées.

Exemples de clauses types validées par des accords de branche et risques de nullité

De nombreux accords de branche proposent des modèles de clauses sur la retraite progressive et les jours fériés. Une clause type peut stipuler que « les jours fériés chômés survenant un jour habituellement travaillé donnent lieu à maintien de salaire dans les mêmes conditions que pour un salarié à temps complet, proportionnellement à la durée contractuelle ». Autre rédaction fréquente : « Les jours fériés coïncidant avec un jour non travaillé au titre de la réduction de la durée du travail ne donnent lieu à aucune compensation ». En revanche, une clause excluant purement et simplement un salarié senior du bénéfice des jours fériés payés en raison de son temps partiel risquerait d’être jugée discriminatoire et donc nulle. La vigilance des RH et, si besoin, un avis juridique spécialisé restent indispensables.

Stratégies de planification RH des jours fériés pour les salariés en retraite progressive

Modélisation des plannings avec le logiciel de gestion des temps (kelio, chronotime, horoquartz)

Les logiciels de gestion des temps comme Kelio, Chronotime ou Horoquartz offrent aujourd’hui des fonctionnalités avancées pour modéliser la retraite progressive. En intégrant les jours fériés légaux, les ponts négociés et les spécificités locales, ces outils permettent de visualiser la présence des seniors mois par mois. L’objectif est double : garantir que la quotité de travail reste entre 40 % et 80 %, et optimiser l’utilisation des jours fériés chômés et travaillés. Une simulation pluriannuelle aide à prévoir l’impact sur la masse salariale, particulièrement dans les entreprises de plus de 300 salariés soumises à des obligations de négociation sur l’emploi des seniors depuis les accords nationaux de 2024 et la loi de 2025 sur le maintien en emploi des salariés expérimentés.

Optimisation des jours fériés pour sécuriser les 150 trimestres requis et la date de départ à la retraite à taux plein

Les jours fériés ne créent pas, en eux-mêmes, de trimestres supplémentaires, mais ils influencent la rémunération annuelle, donc la validation des trimestres. Pour valider un trimestre au régime général, il suffit de cotiser sur un revenu équivalent à 150 fois le SMIC horaire (seuil 2025), soit environ 1 690 € bruts par trimestre. Pour un salarié en retraite progressive à faible quotité, bien planifier les jours fériés travaillés et les périodes de forte activité salariale peut aider à franchir ce seuil chaque trimestre, en évitant les « trous » de droits. Un accompagnement par un service de conseils retraite ou un simulateur en ligne spécialisé permet de vérifier que la combinaison temps partiel + jours fériés payés permet bien de sécuriser les 150 trimestres requis et la date de départ à taux plein envisagée.

Scénarios de gestion collective : binômes senior en retraite progressive / junior en montée en compétences

De nombreuses entreprises profitent des jours fériés et des ponts pour organiser des binômes entre seniors en retraite progressive et juniors en montée en compétences. Le senior peut être positionné les jours à forte valeur ajoutée (avant ou après un jour férié stratégique) pour assurer le transfert de savoir-faire, tandis que le junior prend progressivement le relais les autres jours. Cette organisation limite les risques de surcharge de travail les semaines courtes et permet une meilleure continuité de service. Dans ce contexte, les jours fériés deviennent des repères dans un calendrier d’apprentissage et de passation de dossiers plutôt qu’un simple calendrier de repos.

Suivi des indicateurs RH : absentéisme, charge de travail et coûts salariaux liés aux jours fériés

Pour piloter efficacement la retraite progressive, un suivi d’indicateurs RH spécifiques aux jours fériés est pertinent. Taux d’absentéisme les semaines comportant un jour férié, niveau de charge de travail par équipe, coût des majorations de jours fériés travaillés, évolution des compteurs de congés et RTT : ces données permettent d’ajuster les plannings en continu. À moyen terme, une analyse croisée des salariés en fin de carrière et des périodes riches en jours fériés révèle des leviers d’optimisation, par exemple en concentrant les formations ou les activités à moindre criticité autour de certains ponts. Pour un salarié, comprendre cette logique RH aide à anticiper les périodes où sa présence sera la plus stratégique pour l’entreprise et, par ricochet, les plus valorisées dans sa rémunération et ses droits à la retraite.

Contentieux et risques juridiques liés à la gestion des jours fériés en retraite progressive

Jurisprudence de la cour de cassation sur les jours fériés et les contrats à temps partiel

La Cour de cassation a rappelé à plusieurs reprises que les salariés à temps partiel ne peuvent subir de traitement défavorable injustifié par rapport aux temps pleins, notamment sur les jours fériés. Des décisions concernent, par exemple, des employeurs qui excluaient les temps partiels du bénéfice de certains jours fériés conventionnels ou d’usages, sans justification objective. Transposée à la retraite progressive, cette jurisprudence impose de traiter le senior à temps réduit comme un salarié à temps partiel « classique », avec les mêmes droits et protections, proportionnellement à sa durée de travail. La moindre dérive peut être qualifiée de discrimination liée à l’âge ou au statut de fin de carrière.

Litiges fréquents : discrimination des seniors, inégalités de traitement et rappels de salaire

Les litiges les plus fréquents en matière de jours fériés et retraite progressive portent sur des rappels de salaire (jours fériés non payés, majorations oubliées), des inégalités de traitement entre seniors et autres temps partiels, ou des refus injustifiés de compensation lorsque des jours fériés tombent sur des jours travaillés. Certains contentieux naissent aussi d’avenants mal rédigés, où la répartition des jours de travail réduit en pratique l’accès aux jours fériés chômés. Pour un salarié, conserver ses bulletins de paie, ses plannings et l’avenant signé permet de reconstituer la réalité en cas de désaccord. Pour l’employeur, une politique homogène et des consignes claires à la paie réduisent considérablement ces risques.

Une gestion rigoureuse et transparente des jours fériés en retraite progressive évite la majorité des litiges prud’homaux et des redressements de cotisations.

Procédure en cas de contrôle URSSAF portant sur le traitement des jours fériés en fin de carrière

Lors d’un contrôle URSSAF, les inspecteurs examinent souvent les pratiques de paie sur les jours fériés, surtout pour les salariés à temps partiel ou en forfait jours. Les bulletins de salariés en retraite progressive attirent l’attention en raison de leur complexité : périodes de retraite progressive, jours fériés travaillés avec majoration, ponts, RTT, etc. L’URSSAF vérifie que tous les jours fériés payés, chômés ou travaillés, sont correctement intégrés dans l’assiette des cotisations, et que la distinction entre heures complémentaires, heures supplémentaires et primes de jour férié est respectée. En cas d’erreur systémique, un redressement peut porter sur plusieurs années. Une documentation détaillée des règles internes et des paramétrages SIRH constitue un atout majeur pour justifier les pratiques appliquées.

Bonnes pratiques de conformité : audit paie, documentation interne, information des représentants du personnel

Pour sécuriser durablement la gestion des jours fériés en retraite progressive, trois axes de bonnes pratiques se dégagent. Un audit paie régulier, ciblé sur les fins de carrière et les temps partiels, permet d’identifier les anomalies de traitement (oublis de maintien de salaire, mauvaise majoration, erreurs sur les RTT). Une documentation interne claire, sous forme de guide RH ou de note de service, explique aux managers et aux salariés les règles appliquées aux jours fériés dans le cadre du temps partiel senior. Enfin, informer et associer les représentants du personnel à ces règles favorise leur acceptation et limite les contestations individuelles. Dans un contexte où la retraite progressive et la prolongation d’activité des seniors prennent de l’ampleur, ces dispositifs deviennent un levier central de sécurisation juridiques et sociale des politiques de fin de carrière.