
Lorsque Rinvoq® (upadacitinib) est prescrit pour une polyarthrite rhumatoïde, une spondylarthrite, une MICI ou une dermatite atopique, la question du poids arrive très vite sur la table. Vous avez parfois l’impression de « payer » la disparition des douleurs par quelques kilos de plus, et la peur de reprendre le poids perdu peut freiner l’adhésion au traitement. Pourtant, la prise de poids sous inhibiteur de JAK n’est ni systématique, ni toujours directement liée au médicament. Elle résulte d’un ensemble de mécanismes métaboliques, hormonaux et comportementaux qui s’entrecroisent, avec une forte variabilité individuelle. Comprendre ces mécanismes aide à mieux évaluer ce qui se passe dans votre corps et à mettre en place des stratégies concrètes pour garder la maîtrise de votre poids tout en conservant les bénéfices de Rinvoq.
Rinvoq (upadacitinib) : mécanisme d’action des inhibiteurs sélectifs de JAK et impact métabolique potentiel
Inhibition de JAK1 par rinvoq : voies de signalisation (JAK‑STAT) et régulation des cytokines inflammatoires
Rinvoq est un inhibiteur sélectif de JAK1, une enzyme clé de la voie de signalisation JAK‑STAT. De nombreuses cytokines impliquées dans l’inflammation chronique (IL‑6, interférons, certaines interleukines de la famille de l’IL‑2, etc.) transmettent leurs messages via ces kinases Janus. En bloquant préférentiellement JAK1, l’upadacitinib réduit l’activation de STAT et donc l’expression de gènes pro‑inflammatoires. Résultat pour vous : baisse de la CRP, diminution des douleurs, de la raideur et des lésions articulaires ou cutanées. Cependant, cette modulation ciblée du système immunitaire ne se limite pas aux articulations ou à la peau ; elle influence aussi des circuits qui contrôlent le métabolisme énergétique, la composition corporelle et parfois l’appétit.
Interféron, IL‑6, TNF‑α : rôles de ces cytokines dans le catabolisme, la fonte musculaire et la dépense énergétique
Les cytokines pro‑inflammatoires les plus connues, comme l’IL‑6, le TNF‑α ou les interférons de type I, ne se contentent pas d’entretenir l’inflammation. Elles stimulent un véritable état d’hypercatabolisme : le corps brûle davantage de calories au repos, dégrade les protéines musculaires, augmente la lipolyse et réduit parfois l’appétit. C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux patients atteints de polyarthrite, de MICI ou de dermatite atopique sévère maigrissent ou peinent à prendre du poids avant un traitement de fond efficace. Quand Rinvoq fait chuter ces cytokines, le métabolisme de base se « normalise ». Vous ne brûlez plus autant de calories en continu, la fonte musculaire ralentit, l’appétit revient. Si les apports alimentaires restent élevés, cette correction de l’hypercatabolisme se traduit simplement par une prise de poids progressive.
Modulation de l’axe HPA (hypothalamo‑hypophyso‑surrénalien) et effets possibles sur l’appétit et la prise de poids
L’inflammation chronique active l’axe HPA (hypothalamo‑hypophyso‑surrénalien), responsable de la sécrétion de cortisol. Or, les cytokines contrôlées par JAK1 participent à cette activation. Quand l’upadacitinib stabilise l’inflammation, l’axe HPA se rééquilibre : moins de cortisol de stress chronique, meilleur sommeil, baisse de la fatigue écrasante. Ce rééquilibrage hormonal peut, chez certains, améliorer le moral et l’appétit, avec une envie de manger plus varié, plus souvent. Chez d’autres, la diminution de la douleur et du stress favorise un meilleur contrôle des prises alimentaires. C’est l’une des explications aux retours très contrastés des patients : certains rapportent 3 à 4 kg de plus, d’autres racontent au contraire avoir enfin réussi à maigrir sous Rinvoq.
Comparaison pharmacodynamique rinvoq vs tofacitinib (xeljanz) et baricitinib (olumiant) sur les paramètres pondéraux
L’upadacitinib est décrit comme un inhibiteur sélectif de JAK1, alors que tofacitinib (Xeljanz) a un profil plus large (JAK1/JAK3) et baricitinib (Olumiant) cible surtout JAK1/JAK2. Sur le plan clinique, les trois molécules partagent un « effet de classe » sur le profil lipidique et une tendance à la prise de poids modeste. Les essais ont montré des gains moyens de 2 à 3 kg avec les JAK inhibiteurs sur 6 à 12 mois, Rinvoq inclus. Les différences observées d’un produit à l’autre restent modestes et souvent noyées dans les facteurs confondants (corticoïdes, IMC de départ, activité de la maladie). Pour vous, la question clé n’est donc pas seulement « quel JAK fait le plus grossir ? », mais plutôt : dans votre situation précise, l’amélioration clinique obtenue avec Rinvoq justifie‑t‑elle de gérer 2 ou 3 kg de plus plutôt que de subir une maladie inflammatoire active et destructrice.
Rinvoq et variations de poids : données issues des essais cliniques (rhumato, gastro, dermato)
Résultats des études de phase III en polyarthrite rhumatoïde (SELECT‑COMPARE, SELECT‑NEXT) sur la prise de poids
Dans les grands essais de phase III (comme SELECT‑COMPARE ou SELECT‑NEXT) menés en polyarthrite rhumatoïde, la prise de poids est apparue comme un effet indésirable fréquent, généralement classé entre 1 et 10 % des patients. Les données combinées montrent une augmentation moyenne de 2 à 3 kg après 6 mois de traitement, avec une tendance à la stabilisation ensuite. Une partie des patients ne prend pas de poids, certains en perdent même, tandis qu’un sous‑groupe restreint signale des gains plus importants (plus de 5 kg). Ces chiffres doivent être mis en regard des corticoïdes souvent associés en début de traitement, eux‑mêmes puissants inducteurs de prise de poids et de rétention hydrosodée, ce qui complexifie l’interprétation purement « Rinvoq‑dépendante ».
Données pondérales dans les essais MICI (rinvoq dans la rectocolite hémorragique et la maladie de crohn)
Dans la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn, les études de phase III avec une phase d’induction à 45 mg puis un entretien à 15 ou 30 mg ont montré des profils pondéraux différents. Beaucoup de patients arrivaient en sous‑poids relatif ou avec une perte pondérale récente liée aux poussées (diarrhées, douleurs, anorexie). Sous upadacitinib, la cicatrisation muqueuse et la baisse de l’activité inflammatoire s’accompagnent fréquemment d’un « rattrapage » pondéral. Sur 12 mois, les gains moyens tournent là encore entre 2 et 4 kg, avec parfois un retour vers l’IMC antérieur à la maladie. Pour savoir si vous « grossissez » vraiment, la comparaison doit se faire par rapport à votre poids de référence avant la MICI, et non par rapport au point le plus bas atteint au moment des poussées.
Évolution du poids chez les patients atteints de dermatite atopique modérée à sévère traités par rinvoq
En dermatologie, les essais dans la dermatite atopique modérée à sévère (15 ou 30 mg, souvent associés à des dermocorticoïdes) rapportent aussi une prise de poids comme effet indésirable fréquent. Toutefois, la majorité des variations reste dans la zone de quelques kilos. La littérature mentionne surtout des cas d’acné, d’herpès ou d’infections ORL, la question pondérale étant moins détaillée dans les publications. Néanmoins, certains patients décrivent en pratique une nette amélioration du sommeil, une diminution du prurit nocturne et une meilleure qualité de vie, qui peuvent se traduire par une augmentation de l’apport alimentaire, notamment le soir. Si vous êtes concerné, un suivi du poids dès les 3 premiers mois de traitement permet d’anticiper plutôt que de subir.
Analyse des effets dose‑dépendants (15 mg vs 30 mg) sur l’indice de masse corporelle (IMC) et le tour de taille
Les analyses exploratoires montrent des tendances dose‑dépendantes : les patients sous 30 mg ont en moyenne des gains pondéraux légèrement supérieurs à ceux sous 15 mg, mais l’écart reste modeste (souvent inférieur à 1 kg d’écart moyen à 6‑12 mois). En revanche, l’impact sur les lipides sanguins (augmentation du cholestérol total, du LDL et du HDL) est mieux démontré et clairement dose‑dépendant. Pour l’IMC et le tour de taille, les données sont plus hétérogènes : certains patients prennent surtout du poids périphérique, d’autres développent un léger embonpoint abdominal. D’où l’intérêt, si vous êtes en surpoids ou avec un risque cardiovasculaire élevé, de documenter non seulement le poids, mais aussi le tour de taille et éventuellement la composition corporelle (masse grasse vs masse maigre).
Limites méthodologiques : durée de suivi, biais de sélection et critères de recueil du poids corporel
Les essais cliniques de Rinvoq présentent plusieurs limites quand il s’agit d’évaluer précisément la prise de poids. Le suivi est souvent limité à 52 semaines dans les publications principales, alors que les variations pondérales à long terme (au‑delà de 2 ou 3 ans) restent moins bien documentées. Le poids est parfois recueilli de façon moins standardisée que les critères d’activité de la maladie, ce qui introduit un bruit de mesure. Enfin, la plupart des participants ont déjà essayé plusieurs traitements (méthotrexate, biothérapies) et peuvent être sous corticoïdes au moment de l’inclusion, ce qui fausse la ligne de base métabolique. Pour toutes ces raisons, les chiffres des essais doivent être complétés par les données « real‑world » et les retours patients en vie réelle.
Rinvoq et prise de poids : retours de patients, pharmacovigilance et données « real‑world »
Signalements dans VigiBase, ANSM, EMA et FDA : fréquence déclarée de prise de poids sous upadacitinib
Les bases de pharmacovigilance internationales (VigiBase, EMA, FDA, ANSM) recensent la prise de poids comme effet indésirable fréquent des inhibiteurs de JAK, Rinvoq compris. Les rapports mentionnent typiquement un taux de 1 à 10 % des patients concernés, ce qui concorde avec les données des essais. La gravité est le plus souvent classée comme non sévère, mais certains signalements de prise de poids rapide et importante (plus de 8 à 10 kg) ont conduit à réévaluer le traitement, surtout en présence de comorbidités métaboliques (diabète, syndrome métabolique, stéatose hépatique). Un point important : les déclarations spontanées surreprésentent les cas problématiques ; l’absence de signalement chez les patients stables ou en légère augmentation pondérale signifie que le risque réel est probablement inférieur à ce que suggèrent les seules notifications.
Retours d’expérience publiés sur carenity, doctissimo, reddit r/rheumatoid et forums MICI francophones
Les forums de patients donnent un aperçu plus nuancé de l’expérience quotidienne. Sur des plateformes comme Carenity ou des forums dédiés à la polyarthrite et aux MICI, les témoignages se répartissent en plusieurs profils : certains rapportent une prise de 3 à 5 kg en un an malgré une alimentation surveillée et une marche quotidienne ; d’autres, notamment après l’arrêt d’anti‑TNF ou de cosentyx®, disent au contraire avoir perdu du poids sous Rinvoq grâce à une meilleure mobilité et une alimentation reprise en main. Plusieurs patients décrivent aussi l’apparition d’acné, de boutons de fièvre, de migraines ou de toux chronique en parallèle de la prise de poids. Ces retours rappellent qu’il s’agit d’un médicament aux effets systémiques, dont les bénéfices sur la douleur et le handicap doivent toujours être pesés face aux effets secondaires ressentis.
Études observationnelles en vie réelle : registres nationaux (france, allemagne, pays nordiques) et variations pondérales
Les registres nationaux en rhumatologie et en gastro‑entérologie commencent à fournir des données de vie réelle sur les JAK inhibiteurs. Les premières analyses issues de cohortes européennes suggèrent une légère augmentation de l’IMC moyen sous upadacitinib, de l’ordre de 0,5 à 1 point d’IMC la première année. Cette augmentation semble corrélée à la baisse de l’activité inflammatoire (score DAS28, indices endoscopiques) et à l’amélioration de la qualité de vie. Là encore, les patients qui partaient en sous‑poids ou avec une cachexie inflammatoire sont ceux qui « prennent » le plus en chiffres absolus, mais qui reviennent en réalité vers un poids plus physiologique. Les données à 5 ans manquent encore, mais les sociétés savantes insistent déjà sur la nécessité d’un suivi pondéral structuré sous JAK inhibiteur, en particulier chez les patients à haut risque cardiovasculaire.
Profils types des patients rapportant une prise de poids (sexe, âge, comorbidités, traitements associés)
Les profils les plus fréquemment retrouvés parmi les patients rapportant une prise de poids marquée sous Rinvoq partagent souvent plusieurs caractéristiques : sexe féminin, âge entre 30 et 60 ans, antécédents de traitement prolongé par corticoïdes, IMC déjà élevé ou en surpoids à l’initiation, et parfois présence d’un syndrome métabolique (hypertension, dyslipidémie, prédiabète). L’association à d’autres traitements de fond (méthotrexate, azathioprine, anciennes biothérapies) peut jouer un rôle indirect via la fatigue, les nausées ou l’impact sur l’activité physique. Si vous vous reconnaissez dans ce profil, un travail précoce sur la nutrition, le sommeil et l’activité physique est particulièrement stratégique pour éviter un cercle vicieux pondéral.
Différenciation entre prise de poids liée au traitement et fluctuations pondérales liées à la maladie elle‑même
Distinguer ce qui relève du médicament de ce qui découle de la maladie n’est jamais simple. Une partie du gain pondéral observé après le début de Rinvoq correspond souvent à la fin de la phase de catabolisme inflammatoire : la CRP baisse, les douleurs diminuent, l’appétit revient, les corticoïdes sont réduits ou arrêtés. Dans ce contexte, une remontée de 2 ou 3 kg peut être un signe que l’organisme se remet. À l’inverse, une prise de poids rapide, supérieure à 5 kg en quelques mois, associée à une dyslipidémie marquée ou à une élévation des transaminases nécessite une évaluation plus poussée. Un calendrier pondéral (poids mensuel), la vérification des traitements associés et un bilan biologique complet aident votre spécialiste à déterminer si la conduite à tenir doit être un simple accompagnement hygiéno‑diététique ou une adaptation plus profonde du traitement.
Facteurs confondants : corticoïdes, amélioration clinique et changements de mode de vie sous rinvoq
Impact du sevrage ou de la poursuite de la corticothérapie (prednisone, méthylprednisolone) sur le poids
Les corticoïdes restent, de loin, les médicaments qui font le plus grossir dans ces pathologies : augmentation de l’appétit, rétention d’eau, changement de répartition des graisses (viscérales, faciales), élévation de la glycémie. L’un des grands avantages de Rinvoq est justement de permettre, chez beaucoup de patients, un sevrage progressif de la prednisone ou de la méthylprednisolone. Paradoxalement, certains patients constatent néanmoins une poursuite de la prise de poids, voire une stabilisation élevée malgré la baisse des corticoïdes. Dans ce cas, il est utile de comparer la courbe de poids à la courbe de doses de corticoïdes, et de vérifier qu’il n’existe pas d’autre facteur : diminution de l’activité physique, changements alimentaires après amélioration de l’appétit, troubles du sommeil résiduels ou effets métaboliques propres des JAK inhibiteurs (dyslipidémie).
Réduction de l’inflammation systémique, récupération de l’appétit et « rattrapage » pondéral après cachexie inflammatoire
Une maladie inflammatoire active agit un peu comme un « feu intérieur » qui consomme vos réserves même au repos. Quand ce feu s’éteint partiellement grâce à Rinvoq, le corps tend à reconstituer ses stocks. Il n’est pas rare d’observer, dans les 6 premiers mois, une phase de « rattrapage » où 2 à 4 kg sont repris, surtout si le poids de départ était très bas. Ce phénomène est physiologique jusqu’à un certain point, mais il peut surprendre si vous aviez pris l’habitude d’associer maladie et minceur. L’enjeu est alors de transformer ce rattrapage en reconstruction musculaire plutôt qu’en prise de masse grasse : apport suffisant en protéines, renforcement musculaire progressif, activité physique adaptée à la fatigue et aux douleurs résiduelles.
Effets de la baisse de la douleur articulaire sur l’activité physique, la sarcopénie et la redistribution de la masse corporelle
La diminution de la douleur articulaire et de la raideur grâce à Rinvoq offre une opportunité précieuse : reprendre une activité physique régulière, parfois impossible auparavant. Pourtant, la réalité n’est pas toujours aussi simple. Après des années de limitation fonctionnelle, les muscles sont atrophiés (sarcopénie), la capacité cardio‑respiratoire est réduite, et la fatigue persistante complique la reprise du sport. Sans accompagnement, certains patients restent peu actifs malgré l’amélioration clinique, alors même que l’appétit augmente. Le résultat peut être une prise de poids associée à une faible masse musculaire, ce qui n’est pas neutre pour les articulations. Des programmes d’activité physique adaptée, encadrés par un kinésithérapeute ou un éducateur médico‑sportif, aident à franchir ce cap prudemment mais efficacement.
Rôle des autres traitements de fond (méthotrexate, azathioprine, anti‑TNF, anti‑IL‑17) dans les variations de poids
Votre histoire thérapeutique influe aussi sur le poids. Le méthotrexate peut, chez certains, diminuer l’appétit ou provoquer des nausées, ce qui limite les apports caloriques. L’arrêt ou la réduction de cette molécule à l’initiation de Rinvoq peut conduire à manger davantage sans même s’en rendre compte. Les anti‑TNF ou anti‑IL‑17 ne sont pas particulièrement associés à une prise de poids, mais l’arrêt d’une biothérapie efficace et son remplacement par un JAK inhibiteur peuvent modifier votre niveau de douleur, votre moral, votre sommeil et donc votre comportement alimentaire. Enfin, des molécules comme l’azathioprine ou la ciclosporine impactent aussi le métabolisme et la tolérance digestive. Pour analyser vos variations de poids, une vision globale de vos traitements actuels et passés est indispensable, plutôt qu’un focus exclusif sur Rinvoq seul.
Rinvoq, risques cardiométaboliques et suivi pondéral : recommandations d’experts
Surveillance de la dyslipidémie (LDL, HDL, triglycérides) et corrélation éventuelle avec la prise de poids
Les fiches officielles du médicament et les études cliniques convergent : l’upadacitinib entraîne fréquemment une augmentation des lipides sanguins, avec hausse du cholestérol total, du LDL et du HDL, parfois aussi des triglycérides. Cette dyslipidémie apparaît généralement dans les 12 premières semaines de traitement, puis se stabilise. La corrélation avec la prise de poids n’est pas automatique : certains patients voient leurs lipides grimper sans variation pondérale notable. Toutefois, chez un sujet déjà en surpoids, la combinaison « + 3 kg + LDL augmenté » justifie un suivi renforcé du risque cardiométabolique. Des prises de sang régulières (à 3 mois, 6 mois, puis annuelles) permettent de décider d’éventuels ajustements : conseils nutritionnels ciblés, augmentation de l’activité physique, ou introduction d’un traitement hypolipémiant si nécessaire.
Évaluation du risque cardiovasculaire global chez les patients en surpoids ou obèses traités par rinvoq
Les inhibiteurs de JAK sont associés, dans les mises en garde, à un risque accru d’événements cardiovasculaires majeurs (infarctus, AVC) et de thromboses veineuses chez certains profils. Ce risque reste faible en valeur absolue, mais il impose une évaluation individualisée. Si vous êtes en surpoids ou obèse, fumeur ou ex‑gros fumeur, hypertendu, diabétique ou avec antécédent d’accident cardiovasculaire, votre rhumatologue ou gastro‑entérologue doit intégrer ces éléments avant et pendant Rinvoq. Le poids n’est alors qu’un élément du puzzle, au même titre que la tension artérielle, la glycémie, les lipides et les antécédents familiaux. Dans plusieurs recommandations récentes, il est suggéré de privilégier, chez les patients à très haut risque, une discussion approfondie sur le rapport bénéfice‑risque avant de choisir un JAK inhibiteur plutôt qu’une autre biothérapie.
Protocoles de suivi pondéral recommandés par l’EULAR, l’ACR et la SFNRCP durant un traitement par JAK inhibiteur
Les sociétés savantes en rhumatologie et gastro‑entérologie ne publient pas encore de protocoles dédiés exclusivement au poids sous JAK inhibiteurs, mais plusieurs documents de bonnes pratiques convergent. Un schéma simple et efficace pour vous et votre spécialiste consiste à : noter le poids et l’IMC avant le début de Rinvoq, refaire un point à 3 mois, puis à 6 et 12 mois, accompagné d’un bilan lipidique et hépatique. En cas de variation supérieure à 5 % du poids corporel (en hausse ou en baisse), une évaluation plus fine est recommandée : interrogation sur l’appétit, l’activité physique, les habitudes alimentaires, le sommeil, et vérification de l’absence d’œdèmes ou de signes d’insuffisance cardiaque. Ce suivi structuré permet d’agir tôt, par des mesures de mode de vie, avant que la prise de poids ne devienne importante et difficile à corriger.
Critères de décision pour adapter la posologie, changer de biothérapie ou interrompre rinvoq en cas de prise de poids marquée
Changer de stratégie thérapeutique uniquement à cause de quelques kilos en plus n’est généralement pas recommandé, surtout si le contrôle de la maladie est excellent. En revanche, certaines situations doivent alerter : prise de poids rapide et importante (plus de 10 % du poids en moins d’un an), apparition concomitante d’une dyslipidémie majeure ou d’une stéatose hépatique, aggravation d’un diabète ou d’une hypertension, ou retentissement psychologique sévère sur l’image corporelle. Dans ces cas, une réduction de la dose (passer de 30 à 15 mg), un switch vers une autre biothérapie ou, plus rarement, un arrêt d’upadacitinib peuvent être discutés. Cette décision se prend toujours en concertation avec votre spécialiste, après avoir épuisé les options non pharmacologiques (nutrition, activité physique, soutien psychologique) et évalué précisément le risque de rechute de la maladie.
Stratégies pratiques pour limiter la prise de poids sous rinvoq : nutrition, activité physique et coordination pluriprofessionnelle
La première stratégie concrète consiste à anticiper : dès l’initiation de Rinvoq, définir un « plan pondéral » simple. Noter votre poids de référence, fixer une fourchette acceptable (par exemple, +2 kg maximum), et organiser un suivi mensuel à domicile avec une balance fiable. Sur le plan nutritionnel, viser une alimentation anti‑inflammatoire et cardioprotectrice : légumes et fruits en abondance, protéines de qualité (poisson, légumineuses, volaille), graisses insaturées (huile d’olive, oléagineux), limitation des sucres rapides et des produits ultra‑transformés. Une astuce utile si vous craignez une augmentation de l’appétit : structurer les repas et les collations plutôt que de grignoter, en privilégiant des aliments rassasiants riches en fibres et en protéines. Côté activité physique, commencer petit mais régulier vaut mieux qu’un grand programme jamais tenu : marche rapide 20 à 30 minutes par jour, puis renforcement musculaire doux 2 fois par semaine, en tenant compte de vos douleurs articulaires et de votre fatigue. Enfin, la coordination avec un(e) diététicien(ne), un kinésithérapeute et, si besoin, un psychologue spécialisé en maladies chroniques permet d’aborder la prise de poids sous tous ses angles : biologique, comportemental et émotionnel, afin que Rinvoq reste un allié dans la durée, et non le point de départ d’un nouveau combat avec la balance.