sertraline-et-prise-de-poids-realite

La sertraline est souvent présentée comme un antidépresseur au profil « plutôt neutre » sur le poids. Pourtant, de nombreux patients racontent avoir pris 5, 10 voire 15 kilos sous traitement, au point parfois de remettre en cause la poursuite de leur antidépresseur. Face à ces expériences et aux données issues des grandes études de population, une question revient : la sertraline fait-elle vraiment grossir, et si oui, dans quelles proportions et chez qui ? Comprendre les mécanismes biologiques, les facteurs de risque individuels et les stratégies de prise en charge permet de mieux anticiper cette variation pondérale et de l’intégrer dans le choix thérapeutique, sans sacrifier le contrôle des symptômes dépressifs ou anxieux.

Sertraline et variations pondérales : données scientifiques issues des essais cliniques et méta-analyses

Incidence de la prise de poids sous sertraline dans les essais randomisés contrôlés vs placebo

Dans les essais randomisés contrôlés, la sertraline est généralement comparée à un placebo sur des durées de 6 à 12 semaines, parfois jusqu’à 6 mois. Dans ces études, la prise de poids moyenne reste modeste : autour de 0,2 à 0,5 kg à 6 mois, avec une incidence de prise de poids cliniquement significative (≥ 5 % du poids initial) proche de 5 à 10 % des patients. Une grande étude observationnelle portant sur plus de 183 000 adultes rapporte une prise de poids moyenne d’environ 0,2 kg à 6 mois et 1,46 kg à 24 mois sous sertraline, ce qui montre que l’augmentation est progressive, surtout au long cours.

Ces moyennes masquent toutefois une grande variabilité : certains patients perdent du poids (notamment ceux qui avaient fortement maigri pendant l’épisode dépressif), tandis que d’autres prennent plusieurs kilos. Autrement dit, parler de « prise de poids sous sertraline » nécessite toujours de préciser la durée du traitement et le point de départ clinique : épisode dépressif avec anorexie, ou au contraire dépression avec hyperphagie et hypersomnie.

Résultats des méta-analyses cochrane et lancet psychiatry sur les ISRS et le poids corporel

Les méta-analyses Cochrane et des revues comme Lancet Psychiatry ont regroupé les résultats de dizaines d’essais sur les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Leur conclusion globale est cohérente : à court terme (jusqu’à 3 mois), l’effet sur le poids est souvent neutre, voire légèrement négatif (petite perte pondérale) en raison des nausées, diarrhées et anorexie fréquentes en début de traitement. Au-delà de 6 à 12 mois, la tendance s’inverse avec une légère prise de poids moyenne, généralement comprise entre 1 et 3 kg selon les molécules et les populations étudiées.

Un résultat récurrent de ces synthèses est que la sévérité des symptômes dépressifs de départ influence fortement la variation pondérale : plus l’épisode dépressif a entraîné une perte de poids, plus la « prise de poids sous ISRS » correspond en réalité à une récupération pondérale. La sertraline se situe dans la fourchette basse à moyenne des ISRS en termes de prise de poids à long terme, loin derrière des molécules comme la paroxétine ou la mirtazapine.

Comparaison de la prise de poids : sertraline vs fluoxétine, paroxétine, escitalopram et venlafaxine

Les données issues de grandes bases de dossiers médicaux permettent de comparer directement la prise de poids associée à différentes molécules. Une étude américaine publiée en 2024, qui a suivi plus de 180 000 patients, place la sertraline dans le groupe des antidépresseurs les moins propices à la prise de poids, avec la fluoxétine. À 6 mois, la différence maximale entre l’antidépresseur le plus pondérofavorable (bupropion) et l’un des plus prenant (escitalopram) restait de l’ordre de 0,5 kg, ce qui semble minime mais ne reflète pas les variations individuelles parfois importantes.

Molécule Classe Prise de poids moyenne vs sertraline (6 mois) Risque relatif de ≥ 5 % de prise de poids
Escitalopram ISRS +0,41 kg +15 %
Paroxétine ISRS +0,37 kg +14 %
Duloxétine IRSN +0,34 kg +10 %
Venlafaxine IRSN +0,17 kg
Citalopram ISRS +0,12 kg
Fluoxétine ISRS −0,07 kg
Bupropion Autre −0,22 kg −15 à −20 %

Face à ces chiffres, un clinicien peut considérer la sertraline comme un compromis : efficacité démontrée dans de nombreux troubles psychiatriques, profil cardiovasculaire relativement sûr et impact pondéral modéré comparativement à d’autres options.

Différences de profil pondéral selon l’indication : épisode dépressif majeur, trouble panique, TOC

La sertraline est indiquée dans l’épisode dépressif majeur, le trouble panique, le trouble obsessionnel compulsif (TOC), la phobie sociale et le trouble de stress post-traumatique. Or chaque trouble s’accompagne de profils pondéraux différents. Dans la dépression majeure avec anorexie, la mise au point d’un traitement antidépresseur efficace aboutit souvent à une « reconstitution pondérale » qui peut être vécue positivement, comme un retour à un poids plus physiologique. À l’inverse, chez des patients présentant un trouble panique ou un TOC sans perte de poids initiale, quelques kilos supplémentaires sont perçus comme directement liés au médicament.

Les études spécifiques aux troubles anxieux montrent globalement des variations de poids plus limitées que dans la dépression, mais la peur de prendre du poids peut renforcer l’adhésion fragile au traitement. Pour un patient très préoccupé par son image corporelle, prendre en compte cet aspect avant l’instauration d’une sertraline peut éviter un arrêt brutal ultérieur et favoriser une adhésion durable.

Mécanismes biologiques potentiels liant sertraline, sérotonine et prise de poids

Rôle des transporteurs de la sérotonine (SERT) dans la régulation de l’appétit et de la satiété

Les ISRS comme la sertraline bloquent le transporteur de la sérotonine, le SERT, augmentant ainsi la disponibilité de ce neurotransmetteur dans la fente synaptique. La sérotonine joue un rôle clé dans la régulation de l’appétit, de la satiété et des choix alimentaires. Dans certaines régions du cerveau, une augmentation de la sérotonine réduit l’envie de manger, en particulier les aliments très sucrés. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles une légère perte de poids est parfois observée au début du traitement.

Paradoxalement, à plus long terme, une adaptation des récepteurs sérotoninergiques et des circuits de récompense peut entraîner une désensibilisation et une modification de la perception du plaisir alimentaire. Pour certains patients, la recherche de réconfort par la nourriture augmente, en particulier au niveau des glucides, ce qui contribue à la prise de poids malgré une action initialement anorexigène.

Impact de la sertraline sur la leptine, la ghréline et autres hormones orexigènes/anorexigènes

Au-delà de la sérotonine, la sertraline pourrait influencer les hormones impliquées dans le contrôle de la faim, comme la leptine (hormone de la satiété) et la ghréline (hormone de la faim). Des études suggèrent que certains ISRS modifient les taux de leptine circulante, potentiellement en lien avec les changements de masse grasse. Une diminution relative de la sensibilité à la leptine peut se traduire par un signal de satiété moins efficace, d’où des portions plus importantes ou un grignotage plus fréquent.

La ghréline, sécrétée par l’estomac, peut également être perturbée, avec des signaux de faim plus intenses à certains moments de la journée. Même si ces modifications hormonales restent modestes, elles se cumulent avec d’autres facteurs (sédentarité, fatigue, fringales sucrées) et finissent par peser sur la balance après plusieurs mois de traitement.

Modifications du métabolisme basal et de la dépense énergétique au repos sous ISRS

Une hypothèse souvent évoquée est celle d’un impact des ISRS sur le métabolisme basal et la dépense énergétique au repos. Certains travaux montrent une légère diminution de la thermogenèse et de la dépense énergétique chez des patients traités au long cours par antidépresseurs, avec un ralentissement du métabolisme d’environ 3 à 5 %. Ce chiffre peut sembler faible, mais à l’échelle de plusieurs mois, il suffit à induire une prise de poids progressive si les apports caloriques restent stables.

Une analogie utile consiste à imaginer le métabolisme comme le moteur d’une voiture : un moteur qui tourne 5 % moins vite brûlera moins de carburant. Si la quantité d’essence (calories) versée dans le réservoir ne diminue pas, le surplus finira par s’accumuler. Sous sertraline, cet ajustement métabolique est modeste mais peut devenir significatif chez les personnes à risque (sédentarité marquée, antécédents familiaux d’obésité, alimentation très calorique).

Effets indirects via l’amélioration de l’humeur : hyperphagie de compensation et reconstitution pondérale

Un mécanisme indirect mais très fréquent est lié à l’amélioration de l’humeur. Au cœur de la dépression, de nombreux patients perdent l’appétit, maigrissent, ne sortent plus et ne partagent plus de repas sociaux. Une fois le traitement efficace, l’énergie revient, les sorties aussi, et avec elles les repas au restaurant, l’alcool occasionnel, les collations. La « reprise de plaisir » s’accompagne parfois d’une hyperphagie de compensation, comme si le corps cherchait à rattraper le temps perdu.

Dans de nombreux cas, la prise de poids sous sertraline correspond moins à un effet pharmacologique direct qu’à une combinaison de récupération pondérale, de retour à une vie sociale plus riche et de changements subtils dans l’appétit.

Pour un patient, distinguer ces différents mécanismes est essentiel : il ne s’agit pas de minimiser l’impact réel du médicament, mais de permettre de cibler les leviers modifiables, comme l’alimentation, l’activité physique et la gestion émotionnelle de la faim.

Facteurs de risque individuels de prise de poids sous sertraline

Influence de l’IMC de départ, du sexe et de l’âge sur la variation pondérale

Les études montrent que l’IMC de départ influence la variation pondérale sous antidépresseurs : les personnes déjà en surpoids ou obèses ont un risque plus élevé de prendre encore du poids, notamment au niveau de l’abdomen. Chez les sujets ayant un IMC normal ou faible, la prise de poids reste généralement plus limitée et correspond souvent à un retour au poids antérieur à la dépression. Le sexe joue également un rôle : les femmes rapportent plus souvent une prise de poids gênante et sont plus susceptibles d’ajuster ou d’arrêter le traitement pour cette raison.

L’âge intervient aussi : après 40 ans, le métabolisme ralentit naturellement et la masse musculaire diminue, ce qui rend toute variation de mode de vie ou de traitement plus visible sur la balance. Si vous avez déjà constaté une « tendance à grossir facilement » avant la sertraline, un suivi pondéral proactif est particulièrement utile dans les premiers mois de traitement.

Comorbidités métaboliques : syndrome métabolique, diabète de type 2, hypothyroïdie

La présence de comorbidités métaboliques augmente clairement le risque de prise de poids significative sous sertraline. Le syndrome métabolique, le diabète de type 2 ou l’hypothyroïdie constituent des terrains sur lesquels même une légère augmentation de l’appétit ou une petite baisse du métabolisme basal peuvent avoir des conséquences importantes. Chez ces patients, une prise de poids de 5 % n’est pas seulement un problème esthétique : elle majore le risque cardiovasculaire, favorise la résistance à l’insuline et complique l’équilibre glycémique.

Un bilan biologique préalable (glycémie à jeun, HbA1c, bilan lipidique, TSH) et un suivi régulier (tous les 3 à 6 mois) permettent de détecter rapidement une dérive métabolique. Dans ce contexte, une discussion sur le choix d’un antidépresseur à profil plus neutre sur le poids peut s’avérer pertinente, surtout en cas de facteurs de risque cardiovasculaire déjà présents.

Interactions avec d’autres psychotropes : olanzapine, quétiapine, valproate de sodium

La sertraline est souvent prescrite en association avec d’autres psychotropes, notamment des antipsychotiques atypiques comme l’olanzapine ou la quétiapine, ou encore des régulateurs de l’humeur comme le valproate de sodium. Or ces molécules sont, pour certaines, fortement pondérogènes. Dans ce cas, attribuer la totalité de la prise de poids à la sertraline serait réducteur. L’effet cumulatif des médicaments, combiné parfois à une réduction de l’activité physique liée à la sédation, amplifie la variation pondérale.

Dans les prises de poids importantes (20 kg et plus), l’association de plusieurs psychotropes métaboliquement défavorables est la règle plutôt que l’exception.

Pour vous, cela signifie qu’un bilan complet des traitements doit être réalisé avant de conclure à un « problème de sertraline ». Une stratégie de désescalade ou de switch ciblant d’abord les médicaments les plus pondérogènes peut parfois limiter la prise de poids sans sacrifier l’équilibre psychiatrique global.

Polymorphismes génétiques (CYP2C19, CYP2D6, gènes SLC6A4) et métabolisation de la sertraline

La pharmacogénétique apporte un éclairage supplémentaire. Les variations des gènes CYP2C19 et CYP2D6, qui codent pour des enzymes du foie, modifient la vitesse de métabolisation de la sertraline. Un métaboliseur lent peut accumuler davantage de médicament, ce qui augmente non seulement le risque d’effets secondaires (nausées, fatigue, dysfonctions sexuelles), mais potentiellement aussi les effets métaboliques. De même, les polymorphismes du gène SLC6A4, qui code le transporteur de la sérotonine, influencent la réponse clinique et tolérancielle.

Les tests pharmacogénétiques ne sont pas systématiques, mais dans des situations complexes — échecs répétés, effets indésirables marqués, prise de poids disproportionnée — ils peuvent aider à choisir une molécule mieux adaptée à votre profil génétique ou à ajuster la posologie de manière plus fine.

Sertraline, modification de l’appétit et comportements alimentaires

Beaucoup de patients décrivent, sous sertraline, une modification qualitative de leur rapport à la nourriture plus qu’une simple augmentation de l’appétit. Certains se plaignent de fringales sucrées en fin de journée, d’autres d’une perte de plaisir gustatif qui les pousse à rechercher des aliments plus gras ou plus salés pour ressentir la même satisfaction. Ce « déplacement du plaisir » vers l’alimentation peut fonctionner comme un substitut à d’autres sources de gratification qui restent limitées pendant la convalescence dépressive.

Une stratégie efficace consiste à identifier les situations dans lesquelles l’envie de manger est surtout émotionnelle : stress professionnel, solitude en soirée, ennui. Poser la question « ai-je faim physiquement ou émotionnellement ? » aide à réintroduire un espace de choix avant d’ouvrir le placard. Des approches comme la pleine conscience alimentaire, l’enregistrement des prises alimentaires ou un accompagnement diététique spécialisé en psychiatrie permettent de reprendre progressivement le contrôle sans entrer dans une logique de régime restrictif, souvent délétère pour l’humeur.

Comparaison de la prise de poids : sertraline vs autres antidépresseurs et stratégies de switch

Profil pondéral comparé : sertraline vs mirtazapine, tricycliques (amitriptyline), IRSNa

Sur le plan pondéral, la sertraline se situe globalement dans le groupe des antidépresseurs au profil modéré. Les antidépresseurs tricycliques (comme l’amitriptyline) et certains autres antidépresseurs sédatifs (mirtazapine, miansérine) sont nettement plus associés à une prise de poids importante, parfois supérieure à 5 kg la première année. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNa) comme la venlafaxine ou la duloxétine présentent un risque intermédiaire, avec des variations individuelles marquées.

Face à un patient inquiet de la prise de poids, la sertraline et la fluoxétine restent généralement des options de premier choix, notamment lorsqu’un profil cardiovasculaire sûr et un risque métabolique faible sont recherchés. En revanche, chez une personne très amaigrie, insomniaque, sans appétit, la mirtazapine peut être préférée précisément pour son effet orexigène, dans une logique de remobilisation somatique.

Stratégies de changement de molécule en cas de prise de poids significative

Lorsque la prise de poids sous sertraline dépasse 5 % du poids initial et devient source de souffrance, plusieurs options existent. Un premier réflexe consiste à évaluer précisément la chronologie : la prise de poids a-t-elle commencé immédiatement après l’instauration de la sertraline, ou plutôt quelques mois plus tard, au moment où la vie sociale s’est réactivée ? Dans le premier cas, un switch vers une molécule à profil plus neutre peut être pertinent ; dans le second, un travail sur le mode de vie est souvent prioritaire.

  • Réduction progressive de la dose de sertraline, sous contrôle médical, pour évaluer l’impact sur le poids et les symptômes.
  • Switch croisé vers un antidépresseur plus neutre sur le poids (par exemple bupropion ou vortioxétine) avec recouvrement transitoire.
  • Réévaluation globale du schéma thérapeutique, notamment des autres psychotropes pondérogènes.

Chaque changement de molécule nécessite une gestion prudente des risques de sevrage, de rebond anxieux ou dépressif, et une information claire : l’objectif est de trouver un équilibre entre efficacité psychique et tolérance métabolique, sans multiplier les changements inutiles.

Utilisation de molécules à profil neutre sur le poids : bupropion, vortioxétine, agomélatine

Plusieurs antidépresseurs présentent un profil pondéral neutre, voire légèrement favorable. Le bupropion est celui dont les données sont les plus solides : dans l’étude citée plus haut, les patients traités par bupropion avaient un risque de prise de poids ≥ 5 % réduit de 15 à 20 % par rapport à ceux sous sertraline, avec une prise de poids moyenne inférieure de 0,22 kg à 6 mois. La vortioxétine et l’agomélatine semblent, d’après les études disponibles, induire peu de variations pondérales, même au long cours.

Cependant, ces molécules ne conviennent pas à tous : le bupropion est contre-indiqué en cas d’antécédents de convulsions, et la tolérance hépatique de l’agomélatine impose un suivi des transaminases. Pour un patient qui a déjà bien répondu à la sertraline, le passage à une autre molécule doit donc être soigneusement pesé, en tenant compte non seulement du poids, mais aussi de la stabilité de l’humeur, du sommeil, de l’anxiété et des comorbidités.

Surveillance clinique et prise en charge de la prise de poids liée à la sertraline

Protocoles de suivi : courbe de poids, IMC, tour de taille et bilan lipidique

Une approche proactive de la prise de poids sous sertraline commence dès la prescription. Un protocole simple peut être mis en place : pesée de référence avant le traitement, calcul de l’IMC, mesure du tour de taille et fiche de suivi à 1, 3, 6 et 12 mois. Le tour de taille est particulièrement utile pour repérer la prise de masse grasse abdominale, plus corrélée au risque cardiovasculaire que le poids seul. Un bilan biologique (glycémie, HbA1c, cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides) fournit une base pour évaluer l’impact métabolique global.

Si vous remarquez une tendance à la hausse dès les premiers mois, une discussion rapide avec le prescripteur permet d’ajuster plus tôt les habitudes alimentaires et l’activité physique, plutôt que d’attendre que 10 ou 15 kg soient pris. La visualisation d’une courbe de poids sur plusieurs mois est souvent un outil motivant, à la fois pour le patient et pour le clinicien.

Interventions nutritionnelles fondées sur les preuves : rééquilibrage alimentaire, index glycémique

Les recommandations nutritionnelles en cas de prise de poids liée aux ISRS reposent davantage sur le rééquilibrage que sur le « régime ». Prioriser les aliments à faible index glycémique (légumineuses, céréales complètes, légumes) limite les pics d’insuline et les fringales de fin de journée. Une répartition plus homogène des apports sur la journée, avec un petit-déjeuner et un déjeuner structurés, réduit le risque de grignotage nocturne, fréquent chez les patients dépressifs ou anxieux.

Travailler avec un(e) diététicien(ne) habitué(e) aux patients sous psychotropes permet d’intégrer les contraintes réelles : fatigue, manque de motivation, budget, organisation familiale. Plutôt qu’une liste d’interdits, l’objectif est d’installer progressivement des habitudes réalistes : préparer des collations saines, limiter les boissons sucrées, structurer les repas même en cas de télétravail, ou encore s’appuyer sur des analogies simples, comme « remplir son assiette pour la moitié de légumes ».

Programmes d’activité physique adaptés aux patients sous ISRS (APA, recommandations HAS)

L’activité physique adaptée (APA) est aujourd’hui reconnue comme un traitement complémentaire de la dépression et un levier puissant de contrôle du poids. Les recommandations insistent sur une combinaison d’exercices d’endurance (marche rapide, vélo, natation) et de renforcement musculaire, au moins 2 fois par semaine. Le renforcement musculaire est particulièrement important, car il augmente la masse maigre et donc le métabolisme de base, ce qui compense en partie la baisse de dépense énergétique liée au traitement.

Pour un patient sous sertraline, commencer petit est souvent plus réaliste : 10 minutes de marche quotidienne supplémentaires, un trajet à pied plutôt qu’en voiture, puis une progression graduelle. Poser la question « quelle est la plus petite action physique que vous vous sentez capable de faire chaque jour ? » aide à sortir de la logique du « tout ou rien ». L’objectif n’est pas la performance, mais la régularité, avec un impact mesurable sur l’humeur, le sommeil et le poids.

Adaptation posologique, arrêt progressif et gestion des symptômes de sevrage

Lorsque la décision est prise de réduire la sertraline pour limiter la prise de poids, une descente progressive est indispensable pour minimiser le risque de syndrome de sevrage (vertiges, sensations électriques, irritabilité, anxiété de rebond). Des réductions de 25 à 50 mg toutes les 2 à 4 semaines sont souvent utilisées, en s’adaptant à la tolérance individuelle. Certains patients très sensibles bénéficient de paliers plus longs ou de réductions plus fractionnées.

  1. Stabiliser plusieurs semaines une phase clinique sans symptômes dépressifs majeurs.
  2. Introduire la réduction de dose à un moment de vie relativement stable (éviter périodes de stress intense).
  3. Surveiller étroitement l’humeur, le sommeil, l’anxiété et le poids à chaque palier.

En cas de réapparition de symptômes dépressifs ou anxieux, remonter légèrement la dose ou allonger le palier est parfois nécessaire. Une transparence totale sur les objectifs (réduire la dose pour limiter la prise de poids, sans sacrifier la santé mentale) aide à éviter les arrêts brutaux motivés uniquement par le chiffre sur la balance.

Coordination entre psychiatre, médecin généraliste et diététicien dans la prise en charge

La prise de poids sous sertraline ne relève pas seulement du psychiatre ou du médecin généraliste. Une coordination avec un(e) diététicien(ne), un(e) psychologue, voire un éducateur d’activité physique adaptée, offre une approche globale. Le psychiatre ajuste la molécule et la dose, le généraliste surveille les paramètres cardiovasculaires et métaboliques, le diététicien travaille sur les comportements alimentaires, pendant que le psychologue aide à décrypter la dimension émotionnelle du rapport au corps.

Lorsque ces professionnels partagent les mêmes informations — poids de départ, évolution sous traitement, comorbidités, attentes du patient — les décisions deviennent plus cohérentes. Pour vous, cela se traduit par un message unique : la prise de poids est un effet indésirable fréquent mais modulable, et chaque ajustement thérapeutique cherche à préserver à la fois la stabilité psychique et l’équilibre métabolique, sans hiérarchiser l’un au détriment de l’autre.