Le syndrome de glissement demeure l’une des situations cliniques les plus déroutantes en gériatrie. En quelques jours ou semaines, une personne âgée jusque-là stabilisée cesse de manger, de boire, de bouger, comme si toute énergie de survie s’éteignait. Pour vous, aidant, soignant ou proche, le vécu oscille souvent entre incompréhension, urgence et questionnement éthique : faut-il insister, traiter, « laisser partir » ? Comprendre ce phénomène, savoir le repérer tôt et articuler respect de la volonté et devoir de soin constitue un enjeu majeur à l’heure où le vieillissement de la population s’accélère et où les situations complexes de fin de vie se multiplient, à domicile comme en EHPAD.
Syndrome de glissement : définition clinique, cadre gériatrique et distinction avec dépression ou burn-out du senior
Critères cliniques du syndrome de glissement selon le pr jean carrié et la haute autorité de santé (HAS)
Historiquement décrit par le gériatre Jean Carrié dans les années 1950, le syndrome de glissement renvoie à une dégradation brutale et globale de l’état physique et psychique d’une personne âgée, souvent très fragile et polypathologique. Cliniquement, il s’agit d’un état d’abandon vital : refus de s’alimenter, d’absorber des liquides, de se lever, de se laver, de communiquer. En France, plusieurs recommandations de la HAS et de sociétés savantes gériatriques considèrent ce tableau comme une urgence gériatrique, même s’il ne figure pas comme diagnostic autonome dans les classifications internationales.
Les études disponibles estiment que le syndrome de glissement concernerait 1 à 4 % des patients âgés hospitalisés, essentiellement après 80 ans. Dans plus de 80 % des cas rapportés, l’évolution sans prise en charge intensive aboutit au décès en quelques jours à quelques semaines. Cette mortalité élevée explique pourquoi de nombreux services de gériatrie intègrent désormais un protocole spécifique de repérage et de prise en charge de ce syndrome gériatrique majeur.
Différenciation syndrome de glissement, dépression majeure et épisode confusionnel aigu (delirium)
Sur le terrain, la confusion diagnostique est fréquente. Le syndrome de glissement peut mimer une dépression majeure du sujet âgé, un delirium (épisode confusionnel aigu) ou un burn-out du senior épuisé par la maladie. Une différence essentielle tient à la brutalité de l’installation et au refus massif des fonctions vitales : boisson, alimentation, mise au fauteuil. Alors que la dépression évolue souvent sur plusieurs semaines ou mois, le glissement progresse en moins de trente jours, parfois en huit à dix jours seulement.
Par ailleurs, dans un delirium, la fluctuation de la vigilance, les hallucinations ou l’agitation nocturne dominent. Dans un syndrome de glissement typique, l’apathie extrême, le mutisme, l’opposition passive et le désir de mort plus ou moins explicite prédominent. Cette distinction conditionne directement la stratégie thérapeutique : rechercher activement une cause organique réversible pour un delirium, ou mettre en place un plan de soins global, somatique et psychique, pour un glissement.
Place du syndrome de glissement dans la nosographie gériatrique française et dans la CIM-10 / CIM-11
Le terme syndrome de glissement est surtout utilisé en France, peu dans d’autres pays. Il ne possède pas de code propre dans la CIM-10 ou la CIM-11, et se trouve souvent rattaché à des diagnostics comme « dépression », « trouble de l’adaptation », « dénutrition sévère » ou « état terminal ». Pourtant, en pratique gériatrique, il est devenu un concept opérationnel puissant pour alerter les équipes sur un basculement vital.
Plusieurs gériatres défendent l’idée que le glissement représente un syndrome gériatrique transversal, à la croisée du biologique, du psychologique et du social, comme les chutes ou les troubles cognitifs. Cette absence de codification officielle ne doit pas minimiser la gravité clinique. Lorsqu’un médecin parle à vous, famille ou aidant, de « début de glissement », il signale un risque majeur de dégradation rapide et la nécessité d’une mobilisation collective.
Présentation typique en EHPAD, USLD et à domicile : profils de patients et cas cliniques
En EHPAD ou en USLD, le profil classique est celui d’une personne de plus de 80 ans, atteinte de plusieurs pathologies chroniques (cardiaque, respiratoire, neurologique), parfois porteuse d’un début de démence. Après un événement déclenchant — fracture du col du fémur, décès du conjoint, hospitalisation — vous remarquez en quelques jours un changement radical : retrait, absence de demande, refus des repas, regard vide. Infirmiers et aides-soignants notent une perte de poids rapide, des chutes ou une grabatisation.
À domicile, la présentation peut être plus insidieuse. Vous trouvez un parent habituellement autonome, soudain alité, disant « laisse, ça ne sert à rien » quand il s’agit de se lever ou de prendre ses médicaments. Les livraisons de repas reviennent intactes, les bouteilles d’eau restent pleines. Les données de la littérature montrent que, sans intervention, ce type de tableau conduit souvent à une hospitalisation non programmée ou à une admission urgente en EHPAD, avec un risque très élevé de perte définitive d’autonomie.
Facteurs déclenchants du syndrome de glissement chez le sujet âgé : deuil, hospitalisation, perte d’autonomie et iatrogénie
Rôle des événements de vie majeurs : deuil, changement de lieu de vie, entrée en EHPAD
Le syndrome de glissement survient rarement « sans raison ». Dans la majorité des cas, un événement de vie majeur sert de déclencheur : deuil du conjoint, déménagement forcé, entrée en EHPAD vécue comme un abandon, cessation brutale d’une activité porteuse de sens. Vous observez alors une sorte de « coupure » dans le récit de vie : avant, la personne se battait ; après, elle lâche prise.
Les études françaises menées après la crise Covid-19 ont montré une hausse notable des glissements en institution, en lien avec les confinements, l’interdiction des visites et les décès multiples dans les services. Quand le lien affectif est brutalement rompu, certains aînés interprètent la situation comme une fin de parcours inéluctable, ce qui fragilise considérablement les capacités d’adaptation psychique.
Hospitalisation aiguë, passage aux urgences et rupture du parcours de soins gériatrique
Une hospitalisation en urgence, dans un service peu habitué au grand âge, représente un facteur de risque majeur. Attente prolongée sur un brancard, lumière permanente, perte de repères temporels, arrêts et reprises de traitements : autant d’éléments qui désorganisent un équilibre déjà précaire. À la sortie, vous pouvez avoir l’impression que « tout devrait aller mieux », alors que la personne ne récupère pas et commence à glisser.
Les travaux récents sur le parcours de soins gériatrique montrent qu’une réhospitalisation non programmée dans les 30 jours multiplie par deux le risque de mortalité à six mois chez les plus de 80 ans. D’où l’importance, dès la première alerte, de solliciter des équipes gériatriques spécialisées plutôt que d’accumuler les allers-retours aux urgences sans continuité de prise en charge.
Iatrogénie médicamenteuse : psychotropes, benzodiazépines, anticholinergiques et polymédication
La polymédication est un autre levier de glissement. Au-delà de cinq molécules quotidiennes, le risque d’effets indésirables explose, en particulier avec les psychotropes (neuroleptiques, benzodiazépines, antidépresseurs tricycliques) et les médicaments à effet anticholinergique. Somnolence diurne, confusion, perte de tonus musculaire, hypotension orthostatique créent un terrain propice au repli, aux chutes et à la perte d’initiative.
Plusieurs cohortes européennes ont montré qu’une révision structurée de l’ordonnance chez le sujet âgé permettait de réduire de 20 à 40 % les hospitalisations évitables et les épisodes confusionnels. Concrètement, en tant que proche, demander régulièrement un bilan de médication et une évaluation du rapport bénéfice/risque de chaque traitement constitue déjà une mesure de prévention efficace face au syndrome de glissement.
Isolement social, maltraitance passive et carence relationnelle en institution
L’isolement social et la carence relationnelle jouent un rôle central. Un senior peut disposer de soins techniques impeccables mais, s’il ne reçoit presque jamais de visites, ne participe à aucune activité et ne bénéficie pas d’échanges personnalisés, le risque de glissement augmente considérablement. Certaines études évoquent une corrélation entre faible nombre de visites familiales et incidence accrue de dépression et de glissement en EHPAD.
La maltraitance passive — manque de temps, réponses automatiques, absence de regard — peut suffire à faire basculer un résident fragile. Le message implicite reçu est : « ta présence compte peu ». Pour vous, aidant familial, une simple régularité des appels, des photos, des petites attentions peut au contraire maintenir un fil de sens qui protège de ce renoncement extrême.
Signes d’alerte et symptômes du syndrome de glissement : repérage précoce par les aidants et soignants
Refus alimentaire, hydrique et thérapeutique : anorexie psychogène, dénutrition et risque de déshydratation
Le premier signal d’alerte pour vous est souvent la modification du comportement alimentaire. Le proche qui aimait encore certains plats commence à « chipoter », puis à refuser globalement les repas, voire à garder la bouche fermée. La sensation de soif disparaît (adipsie), les verres restent intacts, les diurétiques sont pris sans compensation hydrique. En quelques jours, la balance affiche plusieurs kilos de moins, les muqueuses deviennent sèches, l’urine concentrée.
Ce tableau d’anorexie psychogène conduit rapidement à une dénutrition sévère : IMC < 21 kg/m², perte de plus de 5 % du poids en un mois ou plus de 10 % en six mois. Le risque de déshydratation aiguë, d’insuffisance rénale fonctionnelle et d’infections urinaires explose alors, ce qui accentue encore le glissement et la fragilisation globale de l’organisme.
Repli sur soi, mutisme, anhédonie et perte d’initiative dans les activités de la vie quotidienne (AVQ)
Sur le plan psychique, vous observez un repli massif. La personne cesse de solliciter de l’aide, ne manifeste plus de désir particulier, ne réclame plus ses émissions préférées ou ses petits rituels. Les réponses se réduisent à des monosyllabes, puis au silence. Les activités de la vie quotidienne (AVQ) — toilette, habillage, repas, déplacements — ne sont plus initiées spontanément, mais seulement acceptées, puis progressivement refusées.
Cette anhédonie profonde (perte de la capacité à ressentir du plaisir) se distingue d’une simple fatigue ou d’un « coup de blues ». Elle signe réellement un renoncement existentiel. Pour un aidant, entendre « ça ne sert à rien » ou « laissez-moi tranquille » à propos de soins vitaux constitue un indicateur fort de possible syndrome de glissement.
Altération rapide de l’état général : asthénie, fonte musculaire, troubles de la marche et chutes
L’asthénie du syndrome de glissement n’est pas une simple sensation de fatigue : elle empêche littéralement de se redresser, de tenir debout, de marcher quelques mètres. En quelques jours d’alitement, la sarcopénie (perte de masse musculaire) s’aggrave, les quadriceps fondent, la station debout devient impossible. Les données gériatriques montrent qu’au-delà de sept à dix jours d’alitement complet, la récupération de la marche initiale est très incertaine chez les plus de 85 ans.
Les chutes multiples, les transferts difficiles, la nécessité soudaine d’un lève-personne ou d’un fauteuil roulant sont autant de signaux d’alerte. Ce cercle vicieux — moins de mouvement, plus de perte musculaire, davantage de dépendance — alimente la conviction du senior qu’il n’a « plus de ressources », ce qui renforce encore le glissement.
Modification du comportement et du rythme veille-sommeil : apathie, désintérêt, confusion vespérale
Le rythme veille-sommeil se désorganise souvent : sommeil diurne prolongé, insomnie nocturne, confusion vespérale. La personne reste les yeux fermés même éveillée, ne réagit presque plus aux stimulations, ne commente plus ce qui l’entoure. Contrairement à un delirium hyperactif, le tableau est dominé par l’apathie et le ralentissement extrême plutôt que par l’agitation.
Ce changement de comportement est particulièrement frappant pour vous si le proche était habituellement sociable ou bavard. Il peut aussi s’accompagner de phrases à tonalité délirante (« je gêne tout le monde », « je veux partir ») qui traduisent un vécu intense de dévalorisation et de souhait de mort, même si un trouble psychotique au sens strict n’est pas toujours présent.
Diagnostic du syndrome de glissement : évaluation gériatrique standardisée, bilans et diagnostics différentiels
Utilisation du mini mental state examination (MMSE), GDS de yesavage et échelles d’autonomie (AGGIR, ADL)
Le repérage du syndrome de glissement repose sur une évaluation gériatrique standardisée. Le MMSE mesure les performances cognitives (orientation, mémoire, langage) et aide à distinguer un glissement survenant sur fond de démence d’un glissement sans trouble majeur des fonctions supérieures. La Geriatric Depression Scale (GDS de Yesavage) évalue la dimension dépressive, même si, dans les stades avancés de glissement, la passivité rend les réponses difficiles.
Les échelles d’autonomie comme AGGIR (qui détermine le GIR) et les échelles ADL (Activities of Daily Living) permettent d’objectiver la perte fonctionnelle rapide. Un passage de GIR 3 à GIR 1 ou 2 en quelques semaines, ou une perte de deux à trois items ADL (se laver, s’habiller, se déplacer) doit alerter immédiatement le médecin traitant ou le gériatre référent.
Bilan somatique systématique : NFS, CRP, ionogramme, bilan hépatique, rénal et carences vitaminiques
Le syndrome de glissement est un diagnostic d’exclusion. Avant de conclure à un renoncement vital, le médecin recherche activement une cause organique potentiellement réversible : infection, déséquilibre métabolique, insuffisance d’organe. Un bilan standard comprend généralement NFS, CRP, ionogramme sanguin, fonction rénale et hépatique, glycémie, bilan thyroïdien, dosage de vitamine B12, folates et vitamine D.
Une anémie sévère, une infection urinaire, une pneumonie paucisymptomatique ou une décompensation cardiaque peuvent expliquer une altération rapide de l’état général sans qu’il s’agisse à proprement parler d’un glissement. En pratique, le repérage précoce par vous, aidant, couplé à ce bilan somatique, évite de passer à côté d’une pathologie traitable masquée par un tableau apparent de renoncement.
Dépistage de la dénutrition : IMC, perte de poids, MNA (mini nutritional assessment) et albuminémie
La dénutrition est à la fois symptôme et facteur aggravant du syndrome de glissement. L’IMC, la courbe de poids, le test MNA (Mini Nutritional Assessment) et l’albuminémie permettent d’en mesurer la sévérité. Une perte de poids de plus de 5 % en un mois ou de plus de 10 % en six mois, associée à une albumine sérique basse, signe une dénutrition protéino-énergétique majeure.
Pour vous, suivre régulièrement le poids du proche, noter les quantités réellement consommées et signaler tout changement brutal au médecin constitue un geste simple mais essentiel. Dans de nombreux cas, la mise en place rapide d’un plan nutritionnel adapté (textures modifiées, compléments hyperprotéinés) contribue à casser le cycle dénutrition–fatigue–repli.
Exploration des comorbidités : démence d’alzheimer, maladie de parkinson, insuffisance cardiaque ou rénale
Les comorbidités influencent fortement l’expression et le pronostic du syndrome de glissement. Une démence d’Alzheimer avancée limite les capacités de coopération aux soins ; une maladie de Parkinson aggrave les troubles de la marche et de la déglutition ; une insuffisance cardiaque ou rénale restreint les possibilités d’hydratation et de renutrition rapides. Chaque pathologie impose des ajustements spécifiques.
Les recommandations gériatriques insistent sur la nécessité d’une vision globale plutôt que d’une approche mono-pathologie. Un bilan cardiologique ou neurologique complémentaire est parfois utile pour affiner la stratégie : objectif curatif chez certains, objectif principalement palliatif chez d’autres. Cette personnalisation du projet de soins est centrale pour articuler respect de la volonté du patient et non-abandon thérapeutique.
Prise en charge du syndrome de glissement : protocoles gériatriques, soutien psychique et réhabilitation fonctionnelle
Élaboration d’un projet de soins personnalisé (PAP / PPS) en équipe pluridisciplinaire gériatrique
Face à un syndrome de glissement, la démarche la plus efficace repose sur un projet de soins personnalisé (PAP ou PPS) élaboré en équipe. Médecin, infirmier, psychologue, kinésithérapeute, ergothérapeute, diététicien et, idéalement, vous en tant que proche, se réunissent pour définir des objectifs réalistes : stabilisation, récupération partielle de l’autonomie, ou parfois accompagnement vers la fin de vie dans des conditions dignes.
Cette approche pluridisciplinaire permet de répartir les rôles : qui s’occupe du lien avec la famille, qui gère la douleur, qui anime les activités de stimulation, qui suit les marqueurs biologiques. Elle offre également un cadre où vos interrogations et vos craintes peuvent être entendues, ce qui diminue le sentiment d’impuissance souvent associé à ces situations.
Réhabilitation nutritionnelle et hydrique : enrichissement alimentaire, textures adaptées, intervention du diététicien
La réhabilitation nutritionnelle constitue un volet prioritaire. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter les calories, mais de restaurer une relation positive à la nourriture. Un diététicien peut proposer des textures adaptées (mixées, moulues, hachées), des enrichissements (crèmes, poudres protéinées), des collations fractionnées, en tenant compte des goûts et aversions du patient. Dans certains cas, une nutrition entérale transitoire est discutée.
L’hydratation peut nécessiter une perfusion sous-cutanée (hypodermoclyse) ou intraveineuse de courte durée, surtout en cas de déshydratation sévère. L’expérience clinique montre qu’un gain de 2 à 3 kg en quelques semaines, associé à une amélioration de la vigilance, peut suffire à enclencher une dynamique de sortie du glissement, à condition que le soutien psychique et relationnel suive.
Approches non pharmacologiques : psychothérapie de soutien, médiation artistique, stimulation cognitive
La dimension psychique du syndrome de glissement demande des approches spécifiques. Une psychothérapie de soutien, même brève, permet parfois de mettre en mots le sentiment d’inutilité, la peur de devenir un fardeau, la colère face aux pertes successives. Chez certains patients, le fait d’entendre que leur souffrance est comprise et reconnue constitue déjà une forme de soulagement.
Les médiations non verbales — art-thérapie, musicothérapie, ateliers de réminiscence — peuvent toucher des personnes très repliées. L’analogie avec une braise presque éteinte est pertinente : un mot, une photo, une chanson chargée de souvenirs peuvent raviver le désir de lien. Les activités de stimulation cognitive douce (ateliers mémoire, jeux de société simples) aident également à lutter contre l’ennui et la morosité qui entretiennent le glissement.
Rôle de la kinésithérapie et de l’ergothérapie dans la prévention de la grabatisation
Un programme de réhabilitation fonctionnelle adapté est indispensable. Le kinésithérapeute travaille la verticalisation progressive, le renforcement musculaire, la reprise des transferts et de la marche avec aides techniques. L’ergothérapeute évalue l’environnement et propose des aménagements pour sécuriser les déplacements et faciliter les AVQ : barres d’appui, siège de douche, lit médicalisé, aides techniques pour l’habillage.
Plusieurs études ont montré qu’un programme quotidien de mobilisation, même de faible intensité, réduit significativement le risque de grabatisation définitive et améliore la qualité de vie. Pour vous, encourager et valoriser chaque petit progrès — se rasseoir au fauteuil, marcher quelques pas — envoie le message inverse du glissement : « ta vie a encore de la valeur ».
Coordination ville-hôpital : médecin traitant, gériatre, infirmier à domicile, SSIAD et équipes mobiles gériatriques
La coordination ville-hôpital constitue souvent le maillon faible de la prise en charge du syndrome de glissement. Pour éviter les ruptures, un lien étroit entre médecin traitant, gériatre, infirmier à domicile, services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et équipes mobiles gériatriques est nécessaire. Des outils partagés (dossier de liaison, transmissions structurées) facilitent cette continuité.
Dans de nombreuses régions, des programmes spécifiques de ré-hospitalisation évitable et de retour à domicile sécurisé ont été mis en place après la pandémie de Covid-19. En tant que proche, vous pouvez solliciter explicitement l’intervention d’une équipe mobile gériatrique lorsque la situation commence à se dégrader, plutôt que d’attendre un épisode aigu nécessitant un passage par les urgences.
Respecter la volonté de la personne âgée : cadre éthique, droits des patients et limites de l’obstination déraisonnable
Directives anticipées, personne de confiance et loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie
Le syndrome de glissement pose immédiatement la question du respect de la volonté de la personne âgée. Est-il légitime de « forcer » alimentation et soins chez quelqu’un qui exprime un désir de mourir ? Le cadre juridique français — notamment la loi Claeys-Leonetti — fournit des repères importants : refus de l’obstination déraisonnable, possibilité de limiter ou arrêter des traitements, droit à la sédation dans certaines situations, rôle central des directives anticipées et de la personne de confiance.
Lorsque le patient a rédigé des directives anticipées, vous disposez d’un fil conducteur précieux. À défaut, la désignation d’une personne de confiance autorise un dialogue éclairé entre famille et équipe soignante. L’objectif n’est pas d’imposer un point de vue, mais de rechercher ce que la personne aurait souhaité pour elle-même à ce moment de sa vie.
Balance entre autonomie, bienfaisance et non-malfaisance : arbitrages en situation de syndrome de glissement
Sur le plan éthique, le syndrome de glissement met en tension plusieurs principes : autonomie (respect du choix de la personne), bienfaisance (agir pour son bien), non-malfaisance (ne pas lui nuire). Si le refus de soins s’inscrit dans un contexte de souffrance psychique potentiellement réversible, de nombreux professionnels considèrent qu’une tentative thérapeutique est justifiée, au moins transitoirement.
Il s’agit moins de « s’acharner » que de vérifier si la personne, une fois soulagée, entourée et réhydratée, maintient réellement son souhait de mourir.
À l’inverse, lorsque le glissement survient chez un patient atteint de pathologies terminales, douloureuses et irréversibles, l’acharnement thérapeutique peut devenir une violence inutile. L’enjeu pour vous et pour l’équipe est alors d’ajuster l’intensité des soins au projet de vie et au pronostic, dans un climat de transparence.
Concertation avec la famille, les aidants et l’équipe soignante : réunions de synthèse et traçabilité décisionnelle
Les décisions difficiles doivent être prises de façon collégiale. Des réunions de synthèse, associant médecins, soignants, psychologue, famille et, autant que possible, la personne elle-même, permettent d’exposer clairement la situation, les options, les risques et bénéfices. La traçabilité dans le dossier médical des échanges et des décisions protège aussi chacun, y compris vous.
La clarté des échanges évite les malentendus du type « on ne fait plus rien » ou « on le laisse mourir de faim », alors que l’objectif réel est parfois de privilégier le confort et la qualité de vie.
Dans ces moments, exprimer vos peurs, votre fatigue, vos désaccords éventuels est non seulement légitime, mais utile. Une équipe formée à l’éthique de la fin de vie sait entendre ces émotions et les intégrer au processus de décision sans les juger.
Refus de soins répétés, consentement libre et éclairé et intervention éventuelle du juge des tutelles
Le refus de soins répété pose enfin la question du consentement : est-il libre et éclairé si la personne est déprimée, désorientée ou douloureuse ? L’évaluation de la capacité de discernement relève du médecin, éventuellement avec l’aide d’un psychiatre. Dans certains cas extrêmes de vulnérabilité ou de conflit familial, le juge des tutelles peut être saisi pour protéger la personne, en nommant un tuteur ou un curateur.
Recourir au juge ne signifie pas ignorer la volonté du patient, mais garantir que ses intérêts fondamentaux restent au centre des décisions, même lorsque les émotions et les tensions sont fortes. Pour vous, cela peut constituer un soutien dans des situations où la responsabilité morale paraît écrasante.
Prévention du syndrome de glissement en EHPAD et à domicile : stratégies organisationnelles et bonnes pratiques
Programmes de prévention de la dépression du sujet âgé : ateliers mémoire, groupes de parole, interventions du psychologue
Prévenir le syndrome de glissement revient en grande partie à prévenir la dépression et l’isolement du sujet âgé. De nombreux EHPAD et services à domicile ont développé des programmes de prévention associant ateliers mémoire, groupes de parole, entretiens psychologiques individuels et activités de sens (jardin thérapeutique, ateliers créatifs). Les données montrent qu’une prise en charge précoce des symptômes anxiodépressifs réduit significativement le risque de perte d’autonomie et de dénutrition.
Pour vous, repérer tôt les signes d’humeur triste, de désintérêt, de repli — avant même la perte d’appétit ou l’alitement — et solliciter un psychologue ou un médecin peut éviter d’entrer dans la spirale du glissement. Comme pour un incendie, intervenir lorsque la fumée apparaît est infiniment plus efficace que d’attendre les flammes.
Maintien du lien social : visites des proches, bénévoles, dispositifs de répit pour les aidants et plateformes d’accompagnement
Le maintien du lien social constitue une protection puissante. Des visites régulières de la famille, même brèves, des interventions de bénévoles formés, des appels vidéo, des courriers ou photos renforcent le sentiment d’appartenance. Les dispositifs de répit pour aidants — accueils de jour, séjours temporaires, plateformes d’écoute — aident également, car un aidant épuisé risque de se retirer, laissant le senior dans une solitude délétère.
Le sentiment pour une personne âgée d’« être encore quelqu’un pour quelqu’un » est souvent plus déterminant que la perfection des soins techniques.
Concrètement, planifier dans un agenda partagé les présences, organiser une rotation entre membres de la famille, solliciter des associations de visite en établissement sont des gestes simples qui, à long terme, protègent du glissement.
Formation des équipes soignantes en gérontologie : repérage des signes précoces, protocoles d’alerte interne
Une prévention efficace passe aussi par la formation des équipes. Apprendre aux professionnels à repérer les signes faibles — baisse d’appétit, moins de participation aux activités, changement d’expression faciale, remarques morbides — permet d’agir avant l’installation d’un véritable syndrome de glissement. De nombreux établissements ont mis en place des protocoles d’alerte interne : dès trois repas consécutifs refusés, ou dès deux chutes en moins d’un mois, une réunion rapide est déclenchée.
Cette culture de la vigilance partagée transforme chaque soignant en « capteur » de fragilité. Pour vous, échanger régulièrement avec les équipes, transmettre vos propres observations, participer si possible aux rencontres institutionnelles renforce cette dynamique collaborative autour de la personne âgée.
Amélioration de l’environnement de vie : repères spatio-temporels, sécurisation, personnalisation de la chambre ou du domicile
L’environnement matériel influence fortement le risque de glissement. Un lieu de vie chaleureux, personnalisé, avec des repères temporels clairs (horloge lisible, calendrier, lumière naturelle) et des repères spatiaux (signalétique, photos, objets familiers) réduit la désorientation et le sentiment de déracinement. La sécurisation — suppression des tapis glissants, barres d’appui, éclairage adapté — limite les chutes qui constituent souvent l’événement précipitant.
La chambre d’EHPAD ou le domicile peuvent devenir un véritable « cocon biographique » si vous y placez des objets signifants : photos, livres aimés, souvenirs de voyages, couvertures familières. Cette continuité identitaire aide la personne à se sentir encore elle-même, malgré la dépendance croissante, et diminue la probabilité de ce renoncement absolu qu’est le syndrome de glissement.